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Tous ceux qui, passionnés par l’Alchimie, ont ouvert des Traités Hermétiques, se sont rapidement heurtés à des difficultés majeures. En effet, une fois dépouillés des éléments apparemment superflus, les textes ne semblent plus répondre aux questions essentielles que ne manque pas de se poser le chercheur sincère. Plus inquiétant encore, espérant obtenir d’autres éclaircissements ailleurs, les Traités suivants plongent ce même chercheur dans des abîmes de perplexité. Car, si ici un tel assurait révéler la Matière Première, il cachait cependant le Feu Secret, tandis que tel autre assurant ne point vouloir être damné refusait absolument de nommer la dite Matière, fut-ce même en pensées, jurait néanmoins, que par un élan de charité démesuré, promettait de révéler tout le reste…Plus l’Etudiant avance, plus les confrontations deviennent contradictoires. Et il en va ainsi depuis des siècles.

Vous devinez aisément dans quel désespoir se bat le Néophyte assez courageux pour avoir osé accepter, un beau matin, de prendre les armes avec le secret espoir de vaincre le Dragon. Folle décision, car en plus de sa vie, cet homme met sa raison en péril.

Par manque de temps, je veux laisser de côté la question du livre dit « initiatique » pour préférer tenter d’apporter des éléments de réponse à l’une de ces obsessions alchimiques qui hante les jours et les nuits de l’Alchimiste.

Chacun s’est un jour interrogé et s’interroge peut-être encore sur la Nature du Secret Hermétique. La plupart ont des visées hautes dans ce domaine, mais comment découvrir le point de départ pour y parvenir ? Comment éviter de perdre ces forces en de vains travaux, pour tout dire pour éviter de tourner en rond, avec la conviction chaque jour plus présente, de passer à côté de l’essentiel ? Quand l’un dit de commencer avec telle chose, l’autre conseille de le faire avec telle autre. Quel infernal casse-tête ! C’est à devenir fou ! C’est le sort peu enviable qui échoit à celui qui veut élire domicile au cœur de la Citadelle Alchimique.

En réalité, ce que la Nature apprend est simple. Bien que la diversité soit presque infinie en ce monde, et ne parlons pas des autres, l’Autre Réalité, très vite, se réduit à des principes quantifiables à l’échelle humaine. Dieu en étant généreux dans l’ensemble de sa Création a offert à tous la possibilité de parvenir « au but ». Tout comme tel être vivant va se nourrir de telles substances, telle créature en aura choisi une autre pour des raisons physiologiques inhérentes à chaque représentant de l’espèce. Alors que devons-nous déduire de cette observation basique?

D’abord, la Matière Première n’est pas unique pour tous les hommes. Ceux qui prétendent le contraire font preuve de mensonge et sont dans l’erreur philosophique. Or, il ne faut pas oublier qu’avant de s’engouffrer dans le laboratoire, les bras remplis de matière et de matériels, il faut réfléchir prudemment. Bien sûr que l’Alchimiste travaille avec des matières. D’ailleurs, c’est une des richesses de cet Art qui propose justement d’aller vérifier la véracité de faits (sur)naturels qui conduisent à une connaissance inébranlable, car mis au banc de l’épreuve. Mais comme tout Art, l’alchimie n’est pas une science mécanique mais réclame en plus un esprit subtil et délié qui ne doit pas se cristalliser aux premiers contacts des manifestations physiques. Comme dans l’Art, il y a aussi une part importante dévolue à la création, puisque l’Artiste manipule le Vivant. Il faut se rendre enfin compte que la Matière Première annoncée est avant tout un Principe avant de devenir un fait avéré. Cela signifie que, pour chaque alchimiste, il y a une voie qui lui est propre et qu’il doit en toute bonne foi suivre sans hésitation. Il le sait. Mais ce n’est pas la seule ! Il faut arrêter de se torturer l’esprit à vouloir deviner ce que tel Adepte a dit ou écrit. Il faut arrêter de penser que si l’on ne suit pas sa « voix » on finira prostré pour l’Eternité, dans une des cellules infernales qui attendent les souffleurs et les collectionneurs d’échecs !


Comme il y a une voie pour chacun, une Matière Première lui est dévolue. Souhaiteriez-vous placer vos pas dans ceux du Trévisan, de Zachaire ou bien de Basile Valentin que vous n’y parviendriez pas. Par contre, que vous y alliez puiser la Substantifique Moelle, oui. C’est même souhaitable. Ne croyez plus que votre Libre Arbitre, que vous croyez omnipotent, soit capable de répondre aveuglément à tous vos désirs d’hommes. Que vous le vouliez ou non, que vous le sachiez ou non, votre existence, à un instant donné, est soumise à un héritage dont vous n’avez peut-être pas encore pris conscience. Héritage dont il faudra vous souvenir en temps opportun et qu’il faudra bien vite gérer avec sagesse et discernement. Sans cela ou à cause de cela votre destin n’est pas aussi incertain qu’on peut le prétendre, mais il n’est pas soumis pour autant à toutes les tentations.

La Quête alchimique réclame une action personnelle originale. Pendant l’apprentissage obligatoire de la « Théorie », il faut s’imprégner du Mouvement que représente le Labeur Alchimique, le Mouvement et la Musique, disons aussi le Dynamisme. Sans cela, la vie du courageux travailleur risque de se dérouler dans le Silence et la douleur de l’ignorance.

La Quête alchimique est un moyen astucieux qui permet à l’homme aventureux de vivre son propre « Solve et Coagula » jusqu’à ce que la Porte s’ouvre enfin sur la récompense.

Et l’on arrive, inévitablement, à l’Esprit de Vin Philosophique qui fait fondre la serrure ou selon les sensibilités, qui procure la combinaison qui ouvre les portes du coffre ! Là encore, il y a beaucoup à dire et à penser. Voilà bien une autre des obsessions récurrentes du Néophyte.

Il ne s’agit nullement d’éluder la question de la Matière Première. Plutôt d’essayer de penser autrement et de se demander, après avoir entrevu l’objectif alchimique dans ses grandes lignes, de quel Menstrue ai-je besoin pour ouvrir cette Matière ? « Qu’offre-t’elle » ? De quoi l’Alchimiste a-t-il besoin pour amorcer son Grand Œuvre ? Tout est là. Tout est dans la formulation de la question. Si le chercheur vise les Teintures, celles-ci ont-elles en elles, le pouvoir transmutatoire ? Il va s’en suivre une suite de déclinaison qui normalement, logiquement, va conduire à la mise en ordre de phases distinctes qui, en s’emboîtant les unes dans les autres, provoqueront l’apparition des états particuliers de la Matière qui aboutiront à sa Perfection, à sa Transmutation, dans son propre monde. Ces derniers mots suggèrent l’idée d’Universel, autrement dit l’aboutissement de chacun des Mondes dans sa propre dimension.

Il n’y pas UN Dissolvant Universel qui se marie avec LA Matière Première. Là encore, il s’agit d’être vigilant, en gardant à l’esprit que l’on doit sans cesse jongler, passant à tout moment du Principe de l’idée à la matérialisation de cette idée au sein du Laboratoire, au risque de commettre à nouveau des erreurs irréparables. Vous pouvez bâtir une maison avec toute sorte de matériaux. Seul importe le concept de la maison, le rôle qu’elle doit tenir. Et alors, alors seulement, en fonction de l’endroit où vous vous trouvez, des matériaux que vous avez pu identifier ou que l’on a placé là pour vous, vous serez capable de construire votre demeure. Sera-t-elle modeste chaumière, maison princière, château imprenable ? Vous n’êtes pas seul à décider, mais vous bâtirez quelque chose de digne, si vous vous en donnez de la peine.

Les Adeptes ont pris plaisir à tenter de noyer le poisson de la sorte. En agissant ainsi la plupart d’entre eux est parvenue à instiller dans le bon sens du Labourant des poisons « infamants ». N’oublions pas que nous avons à faire à des Textes Hermétiques, les uns plus élaborés que les autres, souvent plus impitoyables les uns que les autres.

Si les Principes dans la Nature sont communs à toute la Création, il faut obligatoirement envisager que nous devrons parvenir à l’Unité par des voies aussi variées que le sont les Créatures qui la composent. Par conséquent, si après avoir bien intégré dans votre Esprit, l’Ordre Hermétique et les Principes qui en découlent, vous pourrez choisir telle Matière Première ou telle autre selon votre « sensibilité », selon votre qualité d’Etre. Si vous décidez de faire corps avec elle, vous ne tarderez pas à découvrir et à mettre en œuvre les moyens pour « l’ouvrir ». Vous mettrez en œuvre le Menstrue qui lui convient et l’Esprit Philosophique fera le reste.

Rares sont les Alchimistes qui sont parvenus à leur fin en « recommençant », au détail près, le Gand œuvre d’un autre Alchimiste à moins que ce dernier n’ait consenti, d’une manière physique ou spirituelle, à souhaiter que ce chemin repasse par les mêmes étapes. Ou bien, à moins que cette voie soit porteuse d’un message particulier comme élaborer des médecines, alors elle sera « reproduite ou reproductible ». Dans d’autres cas, il faut y voir une nécessité personnelle propre à la relation qui existe entre ces deux personnes. On ne peut y voir une généralité applicable à tous les alchimistes passés, présents et avenir. Quoiqu’il en soit le Grand Œuvre de chacun est unique et différent.

Prétendre qu’une substance sera Universelle ne signifie pas qu’elle soit capable de tout résoudre ici-bas. L’intérêt de ce concept réside dans le fait de concevoir et de découvrir qu’il existe dans chaque mode opératoire un caractère universel qui gère tous les paramètres de cet univers particulier. Lorsqu’un Adepte décrit les phases de l’œuvre, lorsqu’il avoue avoir assisté, avec émerveillement et dans toute sa splendeur, à la Création de l’Univers dans son petit Monde, il suggère. Voilà ce qui dépasse l’entendement, qu’à chaque fois qu’un Adepte « ouvre » une voie, les mêmes phénomènes sont observables même si la voie est nouvelle ou différente.

La voie sèche, la voie humide, la brève, et j’en oublie, rassemblent un certain nombre de points communs car techniquement il faut bien « agir » d’une manière ou d’une autre sur la substance. Ce qui importe de bien imaginer, c’est que cette Ascension, comme toute Ascension, est pyramidale et propose différents moyens d’approche. Cela relève vraiment du prodige et rend bien la richesse de cette démarche, pleine de cœur et de générosité dans la prescience d’une souplesse et d’une malléabilité toute divine. Elle ouvre un champ d’investigation à la dimension de la grandeur du cosmos mais conduit l’Alchimiste, unique entre tous les autres, vers sa source d’inspiration originelle.

Comment imaginer qu’il n’y ait qu’un seul petit trou de souris ou de serrure par lequel tout le monde doive passer ? Le trou est minuscule, là nous pouvons être d’accord, mais il est multiple comme l’Univers est composé de dimensions nombreuses, comme l’homme a plusieurs visages, comme un être est dissemblable d’un autre. Alors, philosophiquement parlant, comment envisager que d’une telle diversité on puisse s’acheminer vers l’Unité promise ? Pourtant c’est le cas. Et là où nous continuerons à être d’accord, c’est qu’à l’intérieur de toute cette diversité, quelques Principes communs à tous les Genres sont agissants, et qu’ils sont l’assurance de pouvoir résoudre la plus grande des énigmes qui fut inventée.

A la décharge de certains Adeptes qui ont fait part de leur expérience, qui ont choisi de porter témoignage de leur accomplissement, il faut comprendre qu’une voie alchimique est souvent longue, que parfois le temps d’une vie n’y suffit pas toujours. Certains génies ont su découvrir et maîtriser simultanément plusieurs « voies », mais ils sont rares. Ce qui semble assuré, c’est qu’à chacun sa Pierre. Et si à l’Aube de sa propre Quête on ne sait pas encore si le chemin sera tortueux ou aisé, long ou court, il n’en demeure pas moins vraie que personne ne peut prétendre quoique ce fut de si Grand s’il n’a réussi au préalable à forger en lui l’écrin de sa Pierre Intérieure, s’il n’a pas réussi à aménager un petit passage au milieu de ses Ténèbres afin que le premier rayon de Lumière puisse passer. S’il a réussi à retenir dans son choix le Ciel plutôt que la Terre, peut-être de surcroît, lui sera-t-il donné de rejoindre le rang des quelques Elus qui furent gratifiés de pouvoir assister à la Naissance de la Vie Universelle.

Mais si pour commencer, le devoir de l’Alchimiste est de porter un regard ému sur cette terre, alors j’invite le lecteur à garder courage et confiance. D’ailleurs, il retrouvera avec soulagement le manuscrit précieux que les Editions du Bec d’Or mettront bientôt à sa disposition. Il trouvera dans « l’Esprit de Vin des Adeptes » tout ce que Weindenfeld, alchimiste du 18ème siècle, a patiemment rassemblé, vous évitant ainsi tous ces écueils que nous avons brièvement évoqués plus haut.

Ce chercheur infatigable, charitable entre tous, en réussissant à collecter les méthodes les plus importantes qu’il ait rencontrées durant sa vie, tirées des plus grands auteurs, soigneusement rangées sous le terme générique de Menstrue, a permis de faire ressortir leur Caractère Universel et par un classement progressif, de découvrir la profusion des possibilités proposées à tout homme studieux et engagé. Trop souvent l’idée de la plupart des gens à propos de l’Alchimie est réductrice. Sous prétexte que le système philosophique est parvenu à une zone de plénitude de la connaissance qui semble définitive et aboutie. Les Alchimistes ont soudain l’assurance de devoir évoluer dans un unique couloir bordé de hauts murs alors que le champ d’investigation est vaste. Tout est une question « d’échelle ». Seul l’endroit où nous nous plaçons détermine le rôle que nous devrons tenir. Comme il y a une hiérarchie naturelle entre l’Apprenti, le Compagnon et le Maître, analogiquement on doit envisager que ces facteurs se répliquent à l’infini en fonction de l’avancement. L’Alchimie, c’est tout un Monde !

Cela débouche sur une remarque équivoque qui associe étroitement l’Esprit de Vin Secret des Adeptes, certains Menstrues et LA Matière Première du Grand Œuvre.

La qualité teingente ou transmutatoire se trouve partiellement dissimulée dans les métaux traditionnels, tel que l’or, l’argent, le cuivre, le fer, le plomb, tous vulgaires. Pourtant, lorsque l’alchimiste se saisit, mais il est préférable de dire, accueille une Matière qui va devenir le premier support philosophique de son travail et que simultanément il va imaginer les outils pour la façonner, il y a insensiblement matérialisation d’une passerelle, d’abord invisible, entre ces deux entités apparemment distinctes.

On est en droit de se demander si l’une diffère de l’autre, autrement dit, si la mise au moins de l’engin industrieux comme le nomme Nicolas Flamel et à sa suite Molinier, n’annonce pas la naissance prochaine de cette Matière Première ! Et qu’au lieu de se mettre préalablement en Quête d’un certain Antimoine, d’un bel échantillon de Chalcopyrite et de ses dérivés ou d’opérer la cuisson secrète du pourpre de Cassius ou pour mieux dire, de trouver LA Matière Première qui contiendrait tout ce dont l’œuvre a besoin – sous la forme d’un corps rare autant que béni, spécialement conçu et réservé à cet effet - peut-être vaut-il mieux prendre les Eléments les uns à la suite des autres, selon le bon sens naturel, tel qu’édicté par l’Ordre Alchimique pour édifier le temple sacré. Peut-être vaut-il mieux voir dans l’élaboration laborieuse du Menstrue idéal et il en est, une approche philosophique propre à révéler enfin le fruit de ces mariages successifs, qui conduisent à la Naissance du Fils du Soleil.

Le trouble naît de l’ignorance, l’ignorance est transformée par la Pratique. D’autre part, selon une coutume fort répandue dans notre Confrérie, dépourvue de statut et où les membres éparpillés s’attachent scrupuleusement à fuir leur prochain (?!?) avec une sorte de constante proverbiale comme on fuirait la peste, pour des raisons si nombreuses qu’il faudrait y revenir tout exprès, la Solitude est le lot de l’Alchimiste. Elle semble s’appliquer inexorablement, comme une malédiction. Or, cette Solitude est toute relative, comme le Vide qui semble habiter chacun d’entre nous. Si l’homme pour l’homme est parfois un danger voire un prédateur, croyez que si vous prêtez une certaine oreille attentive, vous verrez qu’au-delà de ce désert immense coule une oasis dans laquelle vivent des Etres pour l’Eternité et comme il en est des habitants de« l’Isle des Sages », des Etres attentifs et bons veillent sur vous et votre travail. Ils sauront vous apporter le soutien qui revient à votre mérite et à votre constance.

La Pierre peut se faire en choisissant tel ou tel métal par exemple. Partez du plomb, du cuivre, du mercure si vous le voulez, mais n’oubliez jamais que vous devrez appréhender physiquement les principes qu’ils contiennent. Basile Valentin est l’un de ceux qui ont montré le mieux tous ces rouages métalliques naturels. Chaque métal contient son soufre, son sel et son mercure principe et matière. Seulement, la Nature a placé dans l’un plus de soufre et dans l ‘autre plus de mercure et dans un troisième plus de sel ! Certains métaux sont teingeants, d’autres fournissent la substance corporelle. Que faut-il en déduire ? Voilà que le casse-tête recommence. A compter de ce point de départ les Menstrues vous seront logiquement indiqués.

Certains pensent aussitôt aux Particuliers, parce qu’ils lisent trop vite. Les Particuliers sont, bien entendu, une réalité, mais vous aurez votre réponse lorsque vous serez parvenu à la conclusion de votre travail. Non, soyons juste, vous l’aurez compris bien avant.

« Toute voie royale s’ouvre sur l’Infini à travers le phénomène des multiplications en qualité et en quantité tandis que l’impasse Particulière oblige l’artiste à renouveler l’artifice, magnifique réussite, véritable prouesse philosophique, depuis le début, chaque fois qu’il désire renouveler la transmutation.»