A découvrir

LE CAS TRÈS ÉTRANGE DU NITRE DANS L’ŒUVRE ALCHIMIQUE ET DU MYST ÈRE DE LA RESPIRATION ANIMALE[1]
Dans la Pratique alchimique[2] , il est reconnu parmi les Alcalis fixes ou Souches[3] un sel-alcali[4] fournissant un Esprit alcali ou minéral qui se montre à l’usage particulièrement fort en puissance - comparativement aux autres Esprits minéraux, végétaux et animaux -, s’il ne l’est effectivement en vertu ou grade. Cet Esprit est donc très proche de l’Esprit de Vitriol que nous venons de voir sans pour autant atteindre sa très grande noblesse qui l’a propulsé à la première place. C’est la raison pour laquelle les Anciens attribuèrent à l’Esprit tiré du Salpêtre ou l’Esprit de Nitre, quant à sa position sur leur Échelle des valeurs canoniques, le second échelon ou Rang. Il faut savoir qu’il est intimement lié au Principe AIR ou de la « RESPIRATION », partageant ainsi avec l’Esprit de Mercure, dont nous avons souligné la Souche sulfureuse, ce Support propre à l’oxydoréduction de la Matière terrestre et différenciée, à sa fermentation et décomposition ainsi qu’au recyclage permanent de ses éléments, alors purifiés.

Nous ajouterons que cet Esprit , quoique aérien, demeure en relation intime avec le Principe FEU ou de la « COMBUSTION », lente, vive ou spontanée, et qu’il trouve à l’intérieur des processus particuliers et lents de la Putréfaction animale, lesquels sont en quelque sorte les entrées secrètes d’un extraordinaire Royaume de Métamorphoses organiques que peu en vérité osent pénétrer, les raisons mêmes de son indispensable présence.

Car il marque indéniablement par sa libération ou production issue des Respiration et Fermentation, qu’il est l’un des rares PONTS[5] incontournables que la Nature a créés et jetés entre les matières organique et minérale, l’un des Chemins nécessaires et indispensables que doit emprunter toute Vie agonisante pour « subtilier, spiritualiser ou quintessencier » les éléments qui furent intégralement les siens, apposer, marquer, fixer en quelque sorte dans le Monde minéral et en dernier ressort son Esprit ou l’Identité cosmique qui est la sienne, autrement dit ce que fut, à travers tous les aliments ou carburants et comburants qui ont concouru mutuellement à sa Nutrition, sa Respiration spirituelle ou quel est le PRINCIPE CÉLESTE même qui l’a nourrie et échafaudée sur le Plan formel.

Tout ceci nous ramène donc vers les Cycles de procréation, gestation, parturition, transformation, mutation, transmutation, respiration, digestion, assimilation, élimination, etc., qui entretiennent les êtres vivants et leur fournissent leur « ÉNERGIE de Mouvement, de Maturation et de Transformation » et dans l’essentiel vers ceux de fermentation, putréfaction et décomposition dernière auxquels sont confrontés rapidement toutes leurs substances molles, au terme de leur existence. C’est-à-dire, pour simplifier et persévérer sur le plan analogique, vers les processus métaboliques et les micro-organismes qui en sont d’essentiels précurseurs (et non moins acteurs, car ils sont producteurs d’enzymes ou de biocatalyseurs par leurs gènes codés) entretenant et pérennisant la VIE organique et vers ceux de l’autolyse et de la putréfaction qui en marquent, par leur activité respective, le TERME CORPOREL.

Cela forme, pour nous, les bases même de l’ALCHIMIE ANIMALE [6] auxquelles nous associons, bien évidemment, les Sels minéraux azotées ou nitrés et les matières organiques d’origine animale, principalement carbonées, hydrogénées, oxygénées, azotées, sulfurées ammoniaquées et phosphatées comme sont le sang, le tissu, l’urine [urée CH4N2O ou CO(NH2)2 ; acide urique C5H4N4O3 ; créatine C4H7N3O ; etc.], le poil, l’ongle, l’os, la sueur, la salive, la larme, le lait maternel, la bile, le mucus, etc., les matières fécales, fientes, purins, fumiers, lisiers, humus, etc., sources donc de NITRE et complémentairement - pour ne pas dire indissociablement dans ce domaine de transit que nous évoquons – de carbone, d’hydrogène, oxygène, de soufre, d’ammoniac et de phosphore. Et subséquemment, les méthodes de prélèvement, de préparation, d’analyse, de conservation des échantillons, etc

NITRE OU AZOTE COMMUN, Milieu réducteur originel et Notions de base

Nous savons aujourd’hui que l’Azote[7] , de symbole chimique N(itrogenium), est un corps gazeux moléculaire (molécule diatomique ou diazote N2) à la T° ordinaire et qu’il est le principal constituant de l’air atmosphérique, puisqu’il en occupe environ les 4/5ème en volume, soit 78,06 %. Le reste étant constitué d’Oxygène moléculaire (dioxygène O2) à hauteur de 21 % et de gaz rares. C’est encore un gaz inodore et incolore, fort difficile à liquéfier et peu soluble dans l’eau.

De même que le Soufre, le Carbone, l’Hydrogène et l’Oxygène, c’est un élément structurellement fondamental qui lie ou relie entre eux tous les constituants propres aux dits trois Règnes et, outre, dévoile encore leur interdépendance. Il est ainsi l’une des Briques de la Matière vivante, de tout organisme de nature animale ou végétale et de la Matière dite inerte ou inorganique. Nous allons voir, du reste, quels sont ses place, importance et portée dans sa circulation en suivant son Cycle de transformations, production et dégradation, lorsqu’il est combiné à l’Hydrogène et qu’il forme l’Azote ammoniacal (l’Ammoniac, radical chimique NH4) dans le Règne minéral[8] (nitrites, nitrates[9], sels ammoniacaux) ainsi que celles qu’il remplit par son association (acides nucléiques, protéines, etc.) dans les mécanismes métaboliques des organismes vivants, simples ou complexes. En définitive, beaucoup de combinaisons dans lesquelles il rentre peu ou prou, ont un potentiel réactionnel de première importance qu’elles délivrent au niveau minéral et métallique (nitrures, azotures, engrais[10], explosifs, etc.), animal et végétal (métabolisme cellulaire, respiration, fermentation, etc.)

Nous pouvons croire que l’Azote atomique provienne également de la nucléosynthèse stellaire des Temps immémoriaux, par le Cycle chimique carbone-Azote-Oxygène :

126C6 + 11H0    →       137N6 + γ (+1,95 Mev) ;

137N6                       136C7 + e+ + νe (+2,22 Mev) ;

136C7 + 11H0           147N7 + γ (+7,54 Mev) ;

147N7 + 11H0           158O7 + γ (+7,35 Mev) ; etc.

Hormis l’Azote atomique N et le diazote N2, il est encore deux entités chimiques simples que l’on retrouvera dans bon nombre d’occasions : l’ion nitrure N3- (nitrures métalliques et complexes) et l’ion azoture N3- (acide azotique HN3, azoture de NaN3, etc.).

Voici quelques exemples d’azotures par des réactions à chaud 

avec le Calcium : 3Ca + N2  Ca3N2

avec le Magnésium et l’ammoniac : 3Mg + 2NH3  Mg3N2 + 3H2

par la décomposition d’amidure d’étain : 3Zn(NH2)2  Zn3N2 + 3NH3

par transfert  d’oxyde d’aluminium ou de : Al2O2 + 3C + N2  2AlN + 3CO ; 2ZrCl4 + 4H2 + N2  2ZrN + 8HCl

Quelques exemples d’halogénures :

Le fluorure d’azote NF3, le plus stable ; le trichlorure NCl3 ; très instable et explosif (le chimiste P. L. DULONG perdit un œil et trois doigts lors de sa production) ; le tribromure NBr3, fort explosif ; le I3N,NH3, solide noir fort instable au choc et à la température ; le N2F2, etc.

La plupart de ces corps seront traités prochainement dans nos CHRONIQUES relatives à la MÉTALLITÉ .

Les usages des composés nitrés, aujourd’hui essentiellement de synthèse, sont forts divers, touchent un bon nombre d’entreprises reliées à l’agriculture intensive (fertilisants ou sels d’ammonium[11] associés aux potassium, phosphore, etc., qui, s’ils accroissent artificiellement la croissance et la production des cultures, polluent gravement l’environnement par eutrophisation ou dystrophisation), à l’agroalimentaire (conservateurs, etc.) à la pharmaceutique (composés organiques nitrés, anesthésiants, etc.), à l’industrie plastique (polymères, réfrigérants, aérosols, etc.), automobile comme à l’aéronautique (combustibles, explosifs, etc.)

Nous rencontrerons infra quelques-uns des oxydes d’azote, quasiment tous instables et décomposables en N2 voire O2 : l’azoture de nitrosyle N4O ; le protoxyde de diazote ou protoxyde d’azote N2O ; le monoxyde d’azote NO ; le trioxyde de dinitrogène N2O3 ; le dioxyde d’azote NO2 ; son dimère le tétraoxyde de diazote (N2O4) ; le pentaoxyde de diazote N2O5 ; le trioxyde d’azote NO3 ; etc.

CYCLE DES MATIÈRES NITRÉES

Il est donc important, avant de poursuivre avec les données essentielles de la RESPIRATION des êtes vivants, de connaître et comprendre le Cycle de l’Azote dans la biosphère qui lie entre eux tous les écosystèmes (atmosphère, hydrosphère et lithosphère.) Sinon dans l’ensemble de ses processus biotopiques, du moins sous ses trois principales Phases engagées dans le recyclage de l’azote atmosphérique N2. Les formes de l’azote sont très diverses, s’enchaînent et interagissent, s’associent, se dissocient, tout ceci en permanence et selon aussi, à titre d’exemple, les circonstances climatiques et les nombreuses activités humaines qui ont accéléré, en l’occurrence depuis une cinquantaine d’années par l’agriculture et l’élevage intensifs, la formation des nitrates puisqu’ils sont retrouvés par analyse, en concentration excédentaire dans les nappes phréatiques et cours d’eau suite aux apports d’engrais chimiques, d’affluents de l’élevage et au lessivage et à l’érosion naturel des sols par les pluies. Les rejets domestiques et industriels, qui sont sources d’azote ammoniacal (NH3), ont aussi leur part importante dans ce processus aggravé de formation, par oxydation, de nitrates. Il faut savoir que dans leurs conditions naturelles de production – hors l’activité de l’homme -, les végétaux qui s’en nourrissent limitent ainsi leur concentration hydrique en surface comme dans les sous-sols. Leurs excès dans les biotopes est clairement visible actuellement par l’eutrophisation des algues vertes qui envahissent bon nombre de plages de Bretagne-nord.

Les trois Phases du Cycle de l’Azote qui nous intéressent au premier chef sont l’ammonification, la nitrification et la dénitrification :

- l’ammonification ou formation de l’ammonium (ion NH4+) correspond essentiellement au processus de fixation biologique (réduction enzymatique ou catalyse biologique) de l’azote atmosphérique en azote ammoniacale NH3 par des micro-organismes aquatiques et terrestres, seuls ou en symbiose, qui produisent la nitrogénase[12] : actinomycètes, bactéries aérobies (azomonas, azotobacter, rhizobium, etc.) et anaérobies (citrobacter, clostridium, etc.), cyanobactéries, bactéries saprophytes, etc., et par la décomposition d’organismes morts (déchets azotés) ;

- la nitrification ou formation des nitrites[13]NO2(une trop forte concentration en milieu acide les rend toxiques pour les biomasses aquatiques et la faune piscicole) et nitrates[14]NO3(assimilables par les végétaux qui les mêlent aux acides aminés et protéines) correspond à un processus d’oxydation de l’ion ammonium par l’action de bactéries ; c’est-à-dire la nitrosation de l’ammoniac NH3 (nitrites) par les bactéries nitrosomonas ou NH3 + O2  NO2- + 3H+ + 2e- , puis nitratation des nitrites (nitrates) par les bactéries nitrobacters[15] ou NO2- + H2 NO3- + 2H+ + 2e- ;

- enfin la dénitrification (ou dénitratation) ou re-formation de l’azote atmosphérique correspond à l’altération des nitrates en milieu anoxique ou hypoxique par des bactériesdénitrifiantes et à la décomposition des matières azotées en hydrogène, azote, ammoniac et eau : c’est-à-dire principalement une désoxygénation ou réduction par ces dernières des ions nitrates en ions nitrites, en monoxyde d’azote NO, en oxyde nitreux N2O puis en azote atmosphérique N2.

(…)
DU NITRE ŒCUMÉNIQUE ALKAEST CANONIQUE

Il est un exemple typique et non moins remarquable d’Enseignement Hermétique de hautes et prodigieuses Valeur et Portée qui sera trouvé chez Basile VALENTIN, si l’on prend en compte ce Fondement et Support essentiel de « Transmission autorisée » ou ledit PRINCIPE ANALOGIQUE. En effet, tous les produits, procédés, procédures et tours de main physico-chimiques dont nous entretient-il avec Art et Science et avec lesquels construisit-il la plupart de ses ouvrages ne sont que d’ingénieux moyens pour induire, faire entendre en vérité quelles sont les Opérations fondamentales et secrètes qui ne relèvent jamais, pour leur part, que de la PRATIQUE de l’authentique ALCHIMIE, de l’ORAISON et du LABEUR[16] .

Tous les alchimistes doivent donc prendre particulièrement garde de ne pas seulement échafauder un édifice physico-chimique qui, outre de leur apporter des peines, désolations, pertes de temps et d’argent, au regard de l’ALCHIMIE ou de son SANCTUAIRE ne demeurera lui-même jamais que sur son SEUIL et les flouera de toute possibilité de victoire. Nous allons en donner, du reste, un parfait exemple quant à la Notion double – profane, exotériquefactuelle et symbolique quant au Plan élémentaire mais sacrée, ésotérique, véridique et alchimique dans son opération même quant au Plan spirituel – dont il faille impérativement revêtir l’AIGLE et le DRAGON.

Autrement dit, nos deux protagonistes seront assimilés autant à des Serviteurs loyaux et sacrificiels (Sel Ammoniac et Salpêtre) dans l’objectif d’une Médecine métallique purgative, spagirique et particulière, qu’aux Agents géniteurs ou Parents légitimes (les MERCURE et SOUFRE Philosophiques) de la PIERRE pour œuvrer à une MÉDECINE de plus nobles Objectif et Portée, Alchimique et UNIVERSELLE. »

Nous prenons ici l’opération préliminaire de la dissolution de l’Or de départ , dans la quête longue et harassante de son Soufre royal ou de l’Âme du Roi. Cette citation infra provient de « Les douze clefs de la Philosophie », Chapitre 2 :

« Je te veux encore apprendre ceci, comme par-dessus, que la précieuse Eau de laquelle il faut laver le Roi, se doit faire avec grand soin et industrie, par la lutte et combat de deux champions (j’entends de deux diverses matières) car l’un d’eux doit donner le défi à l’autre pour se rendre plus prompt et encourager à remporter la victoire, car il ne faut pas que l’Aigle seul fasse son nid au sommet des Alpes, parce que ses petits mourraient à cause des neiges qui couvrent le haut d’icelles. Mais si tu joins un horrible Dragon qui a toujours dans les cavernes de la terre, et a été hôte perpétuel des montagnes froides, et couvertes de neige, Pluton soufflera de telle sorte, qu’enfin il chassera du froid Dragon un Esprit volant igné, qui par la violence de sa chaleur brûlera les ailes de l’Aigle, et jettera une chaleur par si longtemps, que la neige qui est au haut des montagnes soit fondue et réduite en Eau, afin de bien et dûment préparer un bain minéral propre et grandement sain au Roi. »

Il n’est rien de plus exact que cette proposition, au demeurant succincte, qui permet ainsi à l’artiste habile de préparer « spagyriquement » ce bain du Roi, lequel par sa vertu ignée doit être capable de le dissoudre, rendre propre, par ces opérations communes de déliaison, à transiter ensuite intégralement et comme invisiblement par le haut de l’alambic. Basile VALENTIN nous confirme du reste cette nécessité, par des propos extraits du même ouvrage, au Chapitre Du Sel, Troisième Principe de l’Œuvre des Philosophes :

« L’Esprit de Sel commun tiré par certain moyen que je t’ai montré en ma dernière instruction, mis avec un peu de l’Esprit du Dragon, dissout l’or et l’argent, et les fait monter au haut de l’alambic, tout de même comme l’Aigle joint avec l’Esprit du Dragon, hôte perpétuel des rochers et montagnes. Mais si l’on fond quelque chose avec le Sel avant la séparation de l’Esprit d’avec le Corps, il est plutôt rendu fixe que dissout. »

L’aveu de ce dernier alinéa est ainsi charitable. Nous ajoutons encore ces propos tirés du « Dernier Testament », au Troisième Livre :

« La Seconde Clef. Mais remarque, mon ami, et prends cette chose à cœur comme très importante à ton Œuvre qui est que tu disposes adroitement ton bain en telle sorte que rien n’y soit ajouté que ce qui y doit être nécessaire, afin que la noble semence de l’or ne se gâte point par quelque contrariété ou hétérogénéité qui serait capable de détruire cette semence, laquelle étant détruite et démolie, il serait impossible de la remettre en bon état. Partant, prends garde et remarque avec soin à ce que ma précédente Clef t’enseigne, et quelle matière tu dois prendre pour le bain composé de l’Eau propre pour le Roi qui y doit être tué et sa forme extérieure démolie et rompue, afin que sa pure Âme en puisse sortir immaculée. Il te faut servir pour ce dessein du Dragon et de l’Aigle qui ne sont autre chose que le Salpêtre et le Sel Armoniac, desquels deux, après leur union, doit être faite une eau-forte royale comme je te veux enseigner au dernier tour de mes Tours de main, quand j'y décrirai des particularités de l’or aussi bien que des autres métaux et minéraux. Quand le Roi aura été ouvert, ainsi que tu entendras au lieu ci-dessus remarqué, par l’amalgame qu’on en doit faire avec du Mercure et du Soufre qui l’empoignent et s’attachent tôt à lui en le dénouant et dégarrottant de sa ténacité, après il doit être brisé en tous ses membres ; ce qui se fait en le faisant dissoudre dedans cette Eau salée, en laquelle il est occis et tout à fait mortifié, en telle sorte qu’il est converti en une belle huile transparente, lumineuse et d’une splendeur hautaine.

Toutefois, il te faut savoir qu’une telle solution et déliaison ne suffit pas et que le Roi pour cela n’a encore aucune intention de laisser sortir son Âme hors de son corps fixe, comme tu peux expérimenter. Car si tu viens à séparer ton Eau du corps résous du Roi, c’est que tu ne le trouveras réduit qu’en une poudre d’or fixe, de laquelle tu ne pourras que très difficilement extraire l’Âme qui y tient encore fort attachée. Suis donc ici mon instruction et doctrine, et porte après moi le joug que j’ai porté et expérimenté avec beaucoup de peine et de soin, et fais ainsi que je te veux maintenant enseigner. »

D’aucuns se demanderont, d’ailleurs, s’il faille suivre à la « lettre » la procédure de cet Adepte. Pour nous, dans cette Voie du Soufre Solaire, elle est en tout point conforme, c’est-à-dire canonique en vertu de l’objectif qui est poursuivi, lequel, l’avons-nous dit, demeure et demeurera toujours la Quête de l’Âme ou du Manteau du Roi, du Sperme multiplicatif. Encore que l’Alchimiste fût déjà possesseur du vrai Prophète de l’Art ou de l’Or Mercuriel - l’Esprit de Mercure -, le seul qui soit capable d’extraire, à un certain stade du Labeur, cette « Quintessence aurique » de sa prison formelle.

Elle est donc purement sophistique - autrement dit analogique - s’il s’agit de la Poursuite du Grand Œuvre par la VOIE UNIVERSELLE, de la Production ou Génération des PARENTS de la PIERRE, en l’occurrence du MERCURE PHILOSOPHIQUE ou de ladite PIERRE PHILOSOPHALE non fermentée, Vierge, encore non accouplée avec son « mâle » ou le SOUFRE PHILOSOPHIQUE. En peu de mots, les meilleurs nous auront donc compris.

Voyons néanmoins la Phase profane de nos propos, laquelle n’en demeure pas moins avec ses artifices physico-chimiques, l’une des CLEFS indispensables à la compréhension de Travaux plus secrets et reliés au Grand Œuvre Minéral.

DU JOUG DU DRAGON

Le nitrate de potassium, nitrate de potasse, sel de pierre, salpêtre ou nitre KNO3 est un composé inorganique connu depuis l’Antiquité. Cristallisé, il se montre sous la forme de fines fibres blanches. On le trouve près d’anciennes étables, de lieux où les déjections animales, la miction, l’urine fut fréquente. Il est aussi ce sel blanchâtre, souvent d’aspect sale et pulvérulent, qui se trouve sur les vieux murs humides, dans les caves, cavernes et grottes, issu de la conjugaison de l’ammoniac bactérienne, du carbonate de potassium contenu dans les pierres et de l’action du dioxygène de l’air.

Il était jadis l’un des trois ingrédients nécessaires, avec le soufre et le charbon de bois, pour confectionner la poudre à canon[1]. Les méthodes fort anciennes, en de nombreux points canoniques (composition, temps, matières annexes, manipulation, etc.), de préparation et de purification du salpêtre ou nitre sont suffisamment connues pour s’éviter la répétition. Nous y renvoyons tout en signalant l’importance ou le rôle crucial de l’urine, des déjections animales.

ET DE L’AIGLE

Le chlorure d’ammonium, sel d’ammoniac, sel ammoniacal, sel armagnac, sel armoniac, salmiac NH4Cl est un solide ionique, c’est-à-dire composé de l’anion chlorure Cl- et du cation NH4+. On le trouve en dépôt sur les pierres ou roches proches des cheminées volcaniques. Les cristaux se forment directement depuis la phase gazeuse et sont facilement solubles dans l’eau. Il est à remarquer qu’on le trouve aussi dans les profondeurs de la terre ou mines.

Il est préparé industriellement par réaction de l’ammoniac NH3 avec le chlorure d’hydrogène : NH3 + HCl ð NH4Cl. La réaction s’inverse également par sa facilité à se sublimer : NH4Cl ð NH3 + HCl

DE L’AMMONIAC

Beaucoup de composés chimiques contiennent la liaison N-H. Le principal composé la comportant est le gaz ammoniac NH3. La réaction de H2O et de ce gaz donne une solution appelée d’hydroxyde d’ammonium de formule NH4+(aq) + HO-(aq), le composé NH4OH n'ayant jamais été isolé. La molécule se comporte comme un ligand (forme des complexes), une base et un réducteur.

Elle réagit avec le dioxyde de carbone CO2. C’est une réaction acido-basique qui forme le carbonate d'ammonium (NH4)2CO3 :

2(NH4+ + HO-) + CO2  →  (2NH4+ + CO32-) + H2O

ION AMMONIUM

La molécule d’ammoniac ionisée ou l’ion ammonium NH4+ est obtenu par protonation de l’ammoniac NH: H+ + NH3 ð NH4+. La réaction est réversible par déprotonation : NH4+    H+ + NH3 .

Sa mise en solution dans l’eau nous donne : NH4+ + H2 NH3 + H3O+ . Nous avons vu la préparation d’une solution aqueuse d’hydroxyde d’ammonium (l’ammoniaque), elle est réversible : NH3 + H2 NH4+(aq) + HO-(aq)

La vapeur d’ammoniac réagit avec HCl et forme ainsi le chlorure d’ammonium NH4Cl. L’ammonium produit souvent un sel avec un anion et la plupart des sels d’ammonium sont solubles dans l’eau.


ION AMIDURE

L'ion amidure NH2- est la base conjuguée de l’ammoniac. C’est une base forte (pKa NH3/NH2- = 28), en conséquence tous les composés de cet ion réagiront avec l’eau pour donner de l’ammoniac. On l’utilise également pour déprotoner des bases moins fortes en synthèse organique.

Il existe en faible quantité dans l’ammoniac liquide à cause de la réaction de transfert protonique ou dite d’autoprotolyse. Exemple : 2NH3(aq)    NH4+(aq) + NH2-(aq)

 On peut le produire en solution dans l’ammoniac par réaction avec un métal fortement réducteur comme le sodium : Na + NH3  Na+ + NH2- + 1/2H2



URINE

 C’est un liquide biologique composé à 95 % d’H2O et de déchets organiques dont le principal est l’urée CH4N2O et secondairement la créatinine[1]C4H7N3O. L’urine est secrétée par les reins par filtration du sang, expulsée hors du corps par le système urinaire. Éliminée, elle acquiert une odeur forte due à l’action bactérienne, principalement lors de la décomposition de l’urée en ammoniac et en nitrite.

 L’on y trouve un peu plus de 2 % de composés organiques : l’urée (2 %) ; la créatinine (0,1 %) ; les acide urique C5H4N4O3 (0,03 %), hippurique C9H9NO3 , urobiline C33H42N4O6, etc. ; des minéraux : potassium et chlore (à 0,6 % chacun), sulfates (0,18 %), sodium (0,1 %), calcium (0,015 %), magnésium (0,01 %), ammonium, carbonates, phosphates, etc. ; des toxiques et catabolites inactifs, etc.

L’on trouvera ainsi que l’urine est une excellente source d’azote pour les plantes et un excellent accélérateur pour le compost. Produite qu’elle est par la combinaison indirecte de sous-produits de désamination (2NH3) et de la respiration cellulaire (CO2), l’urée se révèle beaucoup moins toxique que l’ammoniac.



URÉE

L’urée CO(NH2)2 ou carbamide[2] est un composé organique contenue dans l’urine. Au contact du sol, elle est hydrolysée en ammoniac et en dioxyde de carbone : CO(NH2)2 + H2O    2 NH3 + CO2

Contenant 46 % d’azote, elle trouve son utilisation principale en tant qu’engrais. Elle est fabriquée par synthèse, sous forte pression et à des T° avoisinant les 180 °C, à partir d’ammoniac et de dioxyde de carbone : formation du carbamate d'ammonium NH2COONH4 puis décomposition en urée et eau : NH2COONH4    CO(NH2)2 + H2O

QUI POTEST CAPERE, CAPIAT

CHALYBE


 Notes


[1] Cet article est tiré de « Hiérarchie Céleste, MINÉRALITÉ (II) et Nitre Canonique - Section 1 - Des V.I.T.R.I.O.L.U.M. d’origine minérale - Chapitre 4, du Nitre Canonique ;Chapitres 5 et 6. » Texte intégral à paraître ultérieurement dans la Revue : Chroniques du Pays réel des Sages. Éditions du Cosmogone, Lyon.

[2] Bien entendu, par sa portée analogique cet enseignement s’adresse à tous les disciples voire curieux de notre Art. Mais les alchimistes aguerris, ceux qui ont désormais « assimilé » le Principe de l’interdépendance de toutes choses, y trouveront, affleurant, la Voie d’excellence de l’authentique ALCHIMIE des Trois Règnes dont l’amorce été faite dans les CHRONIQUES N°5, au Dossier DU SOUFRE CANONIQUE. 

[3] Cela correspondait traditionnellement :

  • - à la Potasse ou Alcali minéral (minerai composé de carbonate de potassium K2CO3 – sel alcali fixe - et de chlorure de potassium KCl  - muriate de potassium ou sel fébrifuge de Sylvius ; par extension, hydroxyde de potassium ou potasse KOH en phase solide, nommée caustique en solution aqueuse),
  • - à la Soude ou Alcali végétal (extrait des cendres du Varech, de plantes maritimes, Soude commune, Kali, Salicorne, etc., carbonate de sodium NaCO3 ; par extension, hydroxyde de sodium ou soude NOH en phase solide, nommée caustique en solution aqueuse)
  • - et à l’Alcali volatil (le carbonate d’ammonium (NH4)2CO3 ou le sel ammoniac, chlorure d’ammonium NH4Cl ; par extension l’hydroxyde d’ammonium NH4OH ou ammoniaque en phase solide, nommée caustique en solution aqueuse).

« L’alcali fixe ou le sel fixe de tarte » est un carbonate de potassium obtenu par la lie de vin pressée, séchée, calcinée, filtrée et évaporée ;

« l’alcali volatil ammoniac » ou « l’alcali volatil urineux ou lixiviel » est l’azoture ou le nitrure d’hydrogène, l’ammoniac gazeux NH3 ;

« l’esprit volatil urineux » ou « l’esprit volatil de sel ammoniac » est l’ammoniaque aqueuse ou l’hydroxyde d’ammonium NH4OH en solution aqueuse, produite par la distillation du chlorure d’ammonium mêlé à la chaux éteinte ;

« l’esprit volatil concret » est l’hydroxyde d’ammonium en phase solide et cristalline ;

« le sel fixe urineux » est le carbonate d’ammonium, composé d’un sel d'ammonium NH4+ et de carbonate CO32-, encore dénommé « huile de chaux » lorsqu’il est résous en liqueur ;

« le sel d’ammoniac » est le chlorure d’ammonium, composé de HCl et de NH3, encore dénommé « salmiac » ou « sel d’Amon » ;

« le sel ammoniac animal ou l’alcali animal » est le sel phosphorique ou natif de l’urine ou phosphate monoammonique (NH4)H2PO4, composé d’alcali volatil NH3 (ou ion ammonium NH4+) et d’acide phosphorique H3PO4 (ou dihydrogénophosphate H2PO4-) ; etc.

Il convient donc de connaître les correspondances pour ne pas s’égarer dans la chymie des Traités anciens : Consulter GLAUBER, LIBAVIUS, KUNCKEL, etc.

[4] Salpêtre, sel nitre, sel de pierre, nitrate ou azotate de potassium KNO3. Le salpêtre du Chili, pour sa part, correspond au nitrate de sodium NaNO3 ou au « guano », qui fit la fortune de quelques français, au XIXème siècle. Ce dernier est donc une matière première assez récente comme engrais : ce qui n’est pas le cas des déjections et fientes que l’on récolte depuis toujours dans les écorces d’arbre, fissures et cavités rocheuses, carrières et grottes naturelles et qui sont produites par les chiroptères ou chauves-souris. Les excréments, « guano » de ces mammifères, sont composés en grande partie de nitrates avec du phosphore, de l’ammoniac, urée, des acides carbonique et oxalique, sels divers, etc.

[5] Il en est un autre d’une aussi grande importance et son alter ego, nous irons jusqu’à dire indissociable : l’Ammoniac.

[6] Nous évoquons infra les Notions premières ou Principes, sur lesquelles reposent bien entendu l’ALCHIMIE ANIMALE, spécialement au regard des briques du Vivant. Nous soulèverons prochainement dans nos CHRONIQUES celles des fermentation, décomposition et putréfaction des Corps, en l’occurrence de la Connexité et de l’interdépendance des Processus de Vie et de Mort ou de leur fondamentale intrication. Sujet encore tabou, qui donnera probablement des haut-le-cœur à bon nombre de ceux qui, derrière leur fioles et creusets, s’imaginent « alchimistes », lisent une Presse servile, écoutent dans la foulée des Médias infantilisants voire s’hypnotisent de vidéos plus dramatiques les unes que les autres, de drames inhumains que causent les guerres, le terrorisme, la violence gratuite, etc. : et sans que cela ne leur pose, au fond, le moindre problème d’éthique, de compassion fraternelle, de responsabilité collective et de conscience…

[7] Famille des Pnictogènes, de numéro atomique 7.

[8] Écosystèmes.

[9] Connus depuis l’Antiquité ; essentiellement le nitrate de potassium KNO3, le constituant du salpêtre ou de la nitre qui servait jadis à faire des poudres explosives et le nitrate de sodium NaNO3, constituant pour sa part du salpêtre du Chili. Les deux principaux oxoanions de l’azote sont les ions nitrate NO3- (acide fort, nitrique) et nitrite NO2- (acide faible, nitreux, qui se dismute dans l’eau en monoxyde et ion nitrate d’azote et dans l’air se ré-oxyde en dioxyde).

[10] Agrosystèmes.

[11] Sous forme de nitrate d'ammonium, NH4NO3, de sulfate d'ammonium, (NH4)2SO4, de monophosphate d'ammonium NH4H2PO4, d'urée CO(NH2)2, etc.

[12] Enzyme complexe qui, par hydrogénation, fait la synthèse de l’ammoniac par réduction : N2 + 4 H2 ð 2 NH3+ H2.

[13] Sel de l’acide nitreux HNO2.

[14] Sel de l’acide nitrique HNO3.

[15] H+ exprime l’ion hydrogène (cation, Hydrogène ayant perdu un électron ou « proton ») et e- l’électron : 2H+ + 2e- = H2 (dihydrogène.)

[16] Ora et Labora - prie et travaille.

[17] « Inventé » par les chinois au cours du IXème Siècle ; on retrouve son procédé de fabrication dans l’ouvrage « al-furusiyya wa al-manasib al-harbiyya », dû au savant syrien Hasan al-Rammah et datant de 1270.

[18] Dégradation de la phosphocréatine C4H10N3O5P. 

[19] Ou CH4N2O ; DCI ou Dénomination Commune Internationale : formule générale R2N-CO-NR2