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Château du PLESSIS-BOURRÉ

Le Plessis-Bourré, connu primitivement sous le nom "Plessis-le-Vent", appartenait au XVe siècle à la maison de Sainte Maure.
Charles de Sainte Maure vendit le "Plessis-le-Vent" par acte du 26 novembre 1462, à Jean Bourré, le ministre favori de Louis XI, qui entra en possession du domaine en 1465. Dès 1468 Jean Bourré faisait édifier le château actuel dont la décoration était achevée en 1473.
Situé à 15 kilomètres d'Angers, ce château n'a subi au cours des siècles aucune modification essentielle, ni atteintes graves ; il demeure encore tel que Jean Bourré l'a fait édifier.

Le château est entièrement meublé. Ses meubles d'époque sont groupés par style et créent une diversité qui s'ajoute au charme du Plessis-Bourré.
Aujourd'hui encore propriété privée et habitée, le Plessis-Bourré est classé monument historique depuis le 1er juin 1931 ainsi que les 2 hectares de douves et les avenues qui en permettent l'accès.


Jean BOURRÉ

Jean Bourré est né à Château-Gontier en 1424, d'un bourgeois probablement aisé : Guillaume Bourré. Après des études de droit à l'Université de Paris, il entre, à 19 ans, vers 1442, au service du dauphin Louis, fils de Charles VII, que désormais il ne quittera plus. Il le suit d'abord en Dauphiné, où Louis Xl se réfugie par crainte de son père, puis en 1456 en Flandres, près du duc de Bourgogne, Philippe-le-Bon, où il restera jusqu'à la mort de Charles VII, en 1461. Louis XI sait récompenser aussi bien que châtier. A sa mort, Jean Bourré qui a été successivement greffier du Grand-Conseil, conseiller du Roi, maître des Comptes, contrôleur des recettes de Normandie, est Trésorier de France, capitaine du château de Langeais, gouverneur du dauphin, à Amboise ; puis sous le règne de ce dernier, il devient capitaine du château d'Angers.

Il meurt en 1506, à l'âge de 83 ans, comblé d'honneurs.

Jean BOURRÉ, alchimiste

La décoration de la salle des gardes du Plessis-Bourré, qui obéit "au goût affiné et universel de la société médiévale pour le symbolisme des images" semblerait témoigner des préoccupations occultes de Jean Bourré
A l'instar de Jacques Coeur, son prédécesseur, Jean Bourré jouit d'une immense fortune dont les bénéfices de sa charge, même considérables, ne suffisent à expliquer la provenance.
Cette fortune était telle, qu'elle formait, en vérité, une sorte de puissante annexe au Trésor royal, à laquelle Louis XI s'adressait quasi constamment, sans que jamais il eût pris le souci d'en examiner préalablement les disponibilités métalliques (Deux logis alchimiques p. 175, Eugène Canseliet - Pauvert 1979).
Le château du Plessis-Bourré est mondialement connu pour le plafond de la salle des gardes, plafond constitué de caissons tout en couleurs et symbolisant le Grand-Oeuvre.


Les caissons alchimiques du plafond de la salle des gardes

Eugène Canseliet, dans son ouvrage "Deux logis alchimiques - Pauvert 1979", a longuement décrit la signification hermétique de ces caissons et c'est cette description que nous reprenons ici en partie pour décrire quelques uns de ces fameux caissons.
Les textes ci-dessous en italique sont tirés de cet ouvrage.


Le combat des deux natures

Le dragon ailé (volatil / Mercure) lutte contre le lion (fixe / Soufre). Sous l'action du feu philosophique les deux natures vont combattre jusqu'à la dissolution complète des deux en un seul corps.
Au demeurant, combien plus parlante se montre l'allégorie de Jean Bourré, car l'étudiant aura noté la présence du vase qui est placé au-dessus de l'oiseau fàntastique, moitié aigle et moitié serpent. Si celui-ci exprime clairement la double qualité volatile et frigide du mercure, le lion n'est pas moins significatif, quant à l'ignéité et à la sécheresse du soufre.

La laie musicienne

Le noir, symbole de la putréfaction. La matière doit mourir pour mieux renaître. Solve Coagula; dissoudre coaguler.
Le vocable laie, désignant aussi la fiente des bêtes noires, nous ramène ici, du point de vue cabalistique, au caput mortuum que certains alchimistes prirent, fréquemment, pour des fèces inutiles et sans valeur rejetées par le mercure des philosophes. Ainsi expliquaient-ils, à tort sans doute, ce que rapporte la mythologie, et selon quoi le sanglier, ou bête noire, était immolé à la candide Diane.


La fontaine indécente

L'Alkaest, élément indispensable du processus alchimique. Aussi appelé Dissolvant universel, c'est lui qui fait tout dans l'Oeuvre.
Cette peinture, se rapportant, évidemment, au second oeuvre dans lequel le sel de l'harmonie, dit aussi harmoniac, joue le rôle très important d'indispensable agent d'union indissoluble. C'est bien ici le processus opératoire des matériaux qui furent humanisés, dans la double perspective du but qu'il faut atteindre et qui est, à la fois, philosophique et matériel, de sorte que soient mieux dissimulées leurs activités secrètes et réciproques.

Le Phénix

Symbole de la pierre fixée, le Phénix renaît de ses cendres, comme la pierre. Aucun autre symbole ne pouvait mieux représenter ces résurrections successives, ces multiplications.
Il s'agit ici, sans conteste, du merveilleux Phénix prenant, figuré de la sorte, au milieu d'autres volatiles, tout le sens que les alchimistes lui confèrent, en dehors du symbole de résurrection, lorsqu'il trône sur son bûcher ou sur son immortalité. Dans son Lexique d'Alchimie — Lexicon Alchemiœ — Martin Ruland note cette brève définition :"Le Phénix est la quintessence du feu, ou la très célèbre Pierre philosophique — Phoenix, quinta ignis essentia, vel Lapis philosophicus celebratissimus."


Ce plafond merveilleux est encadré par un ensemble de peintures symbolisant, là-aussi, le grand-oeuvre alchimique.
Visiblement traités de façon "secondaires" par l'artiste, ces symboles viennent toutefois compléter de façon admirable le livre d'images que nous a laissé Jean Bourré.

Le pélican

Cet oiseau est utilisé par les alchimistes pour symboliser la nourriture "carnée" qui va servir à alimenter la pierre naissante. Cette notion de sacrifice a été reprise par Nicolas Flamel lorsqu'il a représenté le "Massacre des Innocents".

Le combat des coqs

Les deux matières se combattent. Le soufre et le mercure vont se livrer un duel sans merci dont l'issue sera la fusion des deux corps en un seul. Cette illustration est à rapprocher des deux Chiens de Coracène se livrant un combat acharné.


Le caducée

Les deux oiseaux fantastiquent s'enlacent pour former un caducée, l'emblême qui accompagnait Hermès, dieu su Savoir, de la Connaissance et Messager. C'est lui qui apprend à l'homme, qui lui fait passer son savoir. Le Caducée est le symbole de la science Hermétique, représenté en général par deux serpents autour d'un bâton.


La cour intérieure

Lorsque l'on franchit le pont menant au château, on débouche alors dans une vaste cour intérieure donnant accès à plusieurs parties de la demeure.
Face à l'entrée principale, sur la façade, sont sculptées de nombreuses figures de pierre, pour la plupart très endommagées.
Nous les présentons ci-dessous dans leur état, les agrandissements permettant de se faire une idée de leur représentation d'origine, notamment celles encadrant la porte permettant d'accéder à la chapelle.


Château du Plessis-Bourré   -  49460 Ecuillé