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Les noces chymiques de Christian Rosenkreutz - Jean-Claude Potty


L’auteur de cette thèse alchimique précise que le 58 ème et dernier Impérator de l’Ordre des Frères Aînés de la Rose-Croix, Pierre Phœbus lui demanda de rédiger au printemps 1988 sa thèse alchimique en prévision de son entrée dans l’ordre.

Bien qu’ayant mis ce dernier en sommeil, le décès de son adjoint et vieil ami Jean de Claire Fontaine l’année précédente, lui avait permis disait-il de trouver le biais en quelque sorte, pour remplacer le dernier membre disparu si récemment, tout en respectant sa décision concernant l’ordre des FAR+C.

Mais , «l’homme propose et Dieu dispose»…

L’année suivante l’état de santé de l’impérator déclina. Il cessa de célébrer la messe et m’annonça qu’il ne pourrait peut être pas, me donner lui-même  l’ordination presbytèrale prévue apparemment en fin d’année.

Il ne fut plus question de la cérémonie FAR+C, mais j’obtins celle qui comptait le plus à mes yeux et, c’est Roger Caro qui officia…

La traduction alchimique des Noces Chymiques de Christian Rosenkreutz fut un travail difficile, mais aujourd’hui, vingt deux ans plus tard, je suis conscient qu’elle renferme un véritable trésor concernant la Voie du Cinabre.

Jean Claude Potty


En 1614 parut à Kassel, en Hesse, un petit manifeste de 150 pages qui comportait trois textes :

  1. Fraternité de la Rose-Croix
  2. La Réforme de l’Univers
  3. La Fama Fraternitatis.

Cette première édition connut un succès immédiat. Une deuxième vit le jour la même année et la Fama fut rééditée trois fois l’année suivante.

En 1615, la Confessio Fraternitatis paraît à son tour, en double version, allemande et latine.

En 1616, ce sera, sous forme de roman, Les Noces Chymiques de Christian Rosenkreutz.

Comme les deux précédents écrits, le dernier connut à son tour le même succès et sera l’objet d’une deuxième édition en cours d’année.

Ces premières résurgences rosicruciennes suscitèrent un véritable enthousiasme. Entre 1614 et 1620, on dénombrera plus de deux cents ouvrages concernant la Rose-Croix et près d’un millier au début du XVIII ème siècle. Descartes qui séjournait en Allemagne à l’époque de la parution des trois recueils, s’intéressa au phénomène rosicrucien et aurait aimé, dit-on, connaître un “frère” pour se faire une opinion plus objective, mais n’en aurait pas rencontré, disent les historiens.

En 1923, de retour à Paris, il retrouvera la même effervescence autour de la Rose-Croix, avec l’éclosion simultanée de nombreux écrits, sans oublier de mystérieuses affiches qui fleurissaient sur les murs de la capitale : «Nous, députez du Collège principal des Frères de la Rose-Croix, faisons séjour visible et invisible en cette ville, par la grâce du Très Haut, vers lequel se tourne le coeur des justes. Nous montrons et enseignons sans lyvres ny marques à parler toutes sortes de langues des pays où nous voulons estre, pour tirer les hommes nos semblables d’erreur de mort ».

En France, les écrits de Michael Maïer parus en latin ainsi que ceux de l’alchimiste français Michel Potier qui résidait fréquemment en Allemagne, étaient pratiquement les seuls avec une édition de la Fama et de la Confessio à pouvoir éclairer quelque peu le lecteur plus engagé, et plus particulièrement les historiens.


Combien se poseront la question, comme le fit Goëte dans son poème ésotérique inachevé, les Mystères « Qui donc a marié les roses à la croix ?... »

Nous n’y répondrons pas évidemment, car à travers ces deux symboles aux significations multiples, il y a aussi une tradition à la fois secrète et sacrée remontant très loin dans le temps, et la partie connue n’est que celle visible de l’iceberg.

Nous savons cependant que la seule femme impérator, Marie de Lubac qui dirigea les FAR+C (Frères Aînés de la Rose Croix), de 1706 à 1729, sera la première des responsables de  l‘Ordre à placer la rose au centre de la croix sur son blason.

Toujours est-il que rapidement, la renommée des Rose-Croix s’étendra à travers la France et les pamphlets fleuriront eux aussi. Certains souligneront les pouvoirs merveilleux, voire miraculeux de leurs adeptes tel qu’en fera état un écrit anonyme – il y en aura de nombreux – paru en 1623 et intitulé : «Examen sur la nouvelle et inconnue cabale des Frères de la Rose-Croix, habituée depuis peu en la ville de Paris. Ensemble l’histoire des moeurs, coutumes, prodiges et particularités d’iceux. »

Dans un autre, on pourra lire «Les effroyables pactions faites entre le diable et les prétendus invisibles ».

Certains historiens comme Gabriel Naudé qui sera successivement bibliothécaire de Richelieu et de Mazarin, élaborera une étude effectuée avec les éléments dont il disposait, en particulier les écrits de Michel Potier et Michael Maïer. Ce dernier était également médecin personnel de l’empereur Rodolphe II.

Le docteur Libavius démontrera l’influence de Paracelse.

L’Angleterre beaucoup plus ouverte à la doctrine rosicrucienne, trouvera en la personne de Robert Fludd un éminent avocat surnommé le « chercheur». Il s’était beaucoup intéressé à Paracelse au cours d’un long séjour en Allemagne, avant de s’établir comme médecin à Londres. Il publiera plusieurs ouvrages pour défendre les Rose-Croix, entre autre, contre les accusations de magie noire.

Bien que présentant un terrain particulièrement propice à l‘éclosion rosicrucienne, il est par ailleurs curieux de constater que le troisième manifeste, les Noces Chymiques, ne sera traduit et publié en Angleterre, qu’en 1690.

On retrouve également, en ce milieu de XVII ème siècle, un certain Irénée Philalèthe que la tradition populaire rattachera aux frères de la Rose-Croix.

La Fama la Confessio et les Noces Chymiques parurent anonymement. Rapidement, les soupçons se portèrent sur un jeune étudiant en théologie de Tubingen, nommé Johan Valentin Andréa (1584-1654).

Il appartenait à une importante dynastie luthérienne. Promis à la carrière pastorale, il dut interrompre ses études après avoir publié un manifeste qui attaquait directement un conseiller du duc de Wurtenberg. Il sera réhabilité trois ans plus tard, et après avoir été chargé de fonctions diplomatiques dans le milieu ecclésiastique, il sera prédicateur à la cour de Stuttgart.

Mais, à travers une oeuvre d’un attrait littéraire indéniable, et bien que publiée en Latin, son goût pour la satire lui attira de sérieuses inimitiés.

Il reconnaîtra dès sa parution, dans un écrit qui ne sera publié qu’en 1799, la paternité des “Noces Chymiques” qu’il avait écrit en 1603. N’oublions pas qu’en ce milieu de XVII ème siècle, certaines critiques quelque peu engagées, en particulier à l’encontre de l’autorité de l’état, que ce soit en France ou dans certains pays européens, étaient fréquemment anonymes, ou sous le couvert d’un pseudonyme.

La Fama Fraternitatis, premier des trois manifestes, permit avant tout, de faire sortir du silence et donc de faire connaître, la fraternité rosicrucienne. Mais, à travers la biographie de son fondateur Christian Rose-Croix, la Fama est d’abord une doctrine. En effet, à travers le récit merveilleux de la vie de son héros, l’auteur s’en prend aussi bien au pouvoir religieux qu’à la philosophie aristotélicienne, en passant par certains scientifiques prétentieux…

Par contre, il se réfère fréquemment à la Kabbale et vénère Paracelse.

Mais il fait avant tout allusion à l’harmonie régnant entre le macrocosme et le microcosme, où l’homme se situe, noyau du monde, à mi-chemin entre les deux points de convergence du ciel et de la Terre. Paracelse le qualifiait de « temple de Dieu au pouvoir immense » et, cette pénétration de l‘univers à l’aide d’une mathématique sacrée est bien digne de l’esprit rosicrucien qui le lie par la connaissance au Créateur, à travers les cycles de la vie et de la nature.

La “Confessio Fraternitatis” est avant tout une symbolique où l’on retrouve l’influence kabbalistique et pytagoricienne, à I’issue d’une nouvelle aube qui s’annonce.

Mais l’intérêt de cet opuscule réside essentiellement dans  le sens secret de l’Ecriture. La bible « qui renferme les secrets divins »  y est décrite comme la quintessence du monde. Par contre, ces secrets ne sont pas accessibles au lecteur ordinaire, seulement à ceux dont Dieu illumine l’esprit.

Le don de Dieu, la possession de la gnose ne peuvent être accessibles qu’à l’homme discret !...Et la Confessio attire l’attention du lecteur sur la grâce divine qui donne l’intelligence spirituelle permettant de comprendre les arcanes de « l’Eternel Evangile et d’accéder à la science de tous les secrets.»

Nous avons rencontré au passage, des noms évocateurs du monde hermétique : Michael Maïer, Paracelse, le docteur Libavius, Robert Fleudd, Irénée Philalèthe. S’ils touchent le coeur de tout Rosicrucien, ils représentent davantage encore pour l’adepte et les Frères Aînés de la Rose Croix, en particulier l’un d’eux, Robert Fleudd. Ne fut-il pas le 33 ème impérator de l’Ordre des FAR+C ? Son sénéchal, Sendivogius n’était-il pas lui aussi un adepte tel que le reconnaît la tradition hermétique?

L’énigme de la stèle du docteur Libavius n’a-t-elle pas été magistralement interprétée par notre Impérator Pierre Phœbus?  

Quant aux autres, s’ils sont présents lorsqu’il s’agit de la Rose Croix, c’est évidemment qu’ils n’y sont pas étrangers en son sein. D’autre part, rien ne permet d’exclure leur éventuelle appartenance aux FAR+C du passé, seuls certains hauts dignitaires ayant pu laisser des traces écrites dans les archives.

Le troisième manifeste, “Les Noces Chymiques de Christian Rosenkreutz” est différent des deux premiers écrits. S’il est indéniablement une allégorie du Grand Oeuvre, il apparaît avant tout, comme un roman autobiographique. D’entrée, le style et le ton diffèrent : Il n’est plus question de doctrine nimbée de merveilleux, pas plus que de symbolisme sacré ou d’affirmation d’une foi.

Le héros n’est plus le fondateur d’un ordre puissant, vénéré par ses frères, mais un homme âgé de 81 ans (chiffre 9?) menant une existence d’ermite et logeant non pas dans un château, mais dans une simple grotte, au flanc d’une montagne.

D’autre part, loin de nous présenter le dépositaire d’un grand savoir, nous découvrons un être faible et, malgré ses connaissances, conscient de sa limitation et de son rattachement au monde matériel et sachant avant tout que les bienfaits qui lui sont accordés, sont le fait du Créateur et non de son mérite.


Ne retrouvons-nous pas, une des qualités fondamentales que doit posséder le futur adepte : SIMPLICITE, HUMILITE ?...

Par ailleurs, certaines évocations concernant son apparence misérable et l’habitat, sont autant d’allusions directes à la Minière des Sages, imparfaite et enfermée dans sa gangue : ils devront subir tous les deux une certaine purification.

NOTA : Les expériences du pèlerin de ce roman alchimique sont divisées en 7 journées qu’il serait trop long et fastidieux pour le lecteur, de traduire intégralement. Tout en essayant de respecter la chronologie, je ne relèverai donc que les passages qui me paraissent les plus significatifs.

***

Lors de la première journée, notre héros est l’objet le soir de la veille de Pâques, d’une vision alors qu’il adressait comme chaque jour, une humble prière au Créateur.

Depuis 7 ans, il avait été prévenu par une première vision qu’il participerait un jour, « aux noces chymiques des fiancés. »

**    

« Soudain, le vent souffla avec tant de violence qu’il me sembla que la montagne dans laquelle ma  demeure   était creusée allait s’écrouler.

Je vis une femme admirablement belle, vêtue d’une robe bleu-ciel parsemée délicatement d’étoiles d’or. Elle avait des ailes grandes et belles couvertes d’yeux sur toute leur étendue ; après avoir déposé une lettre, avec ses ailes elle s’élançait plus vite que l’aigle.

Tout tremblant de crainte, je pris la lettre qui était aussi pesante que si elle était en or. Elle portait un sceau qui la fermait et qui était fait d’une croix avec une inscription qui me redonna confiance : IN HOC SIGNO VINCES.

       Il ouvrit la lettre :

Aujourd’hui, ce sont les noces du roi,

Si tu es né pour y prendre part

Elu par Dieu pour la joie,

Va vers la montagne

Qui porte trois temples.

Cependant prends garde à toi,

Examine toi toi-même

Si tu ne t’es pas purifié assidûment,

Les noces te feront dommage.

Malheur à celui qui tarde

Et malheur à celui

Dont l’esprit manque de poids.»

(Poids dans le sens de vertu)

*       

Nous savons que plusieurs adeptes ont eu une vision céleste, que ce soit Cyliani, Philalèthe ou Flamel pour ne citer qu’eux.

La période pascale a toujours été propice soit à ce phénomène, soit au démarrage des opérations du Grand Oeuvre.

Dès le départ, notre attention est attirée par le chiffre 7 et nous savons que le héros va entreprendre un pèlerinage, peu importe qu’il soit réel ou imaginaire.

La nature on ne peut plus céleste du messager, nous laisse prévaloir par sa magnificence de la teneur du message. Si le doute subsiste encore, l’inscription qui accompagne le sceau nous confirme bien qu’il ne peut s’agir que d’un écrit alchimique : « Avec ce signe (la croix), tu vaincras. »

L’empereur Constantin, après sa victoire sur Maxence fit placer cette inscription sur son étendard à côte d’une croix et du monogramme du Christ, en souvenir de la croix de feu accompagnée de ces mots qu’il aurait vue dans le ciel avant la bataille.

En alchimie, la croix est le hiéroglyphe du creuset, pris au sens le plus large. C’est en effet dans le creuset que la matière première, comme le Christ lui-même, souffre la Passion. C’est là qu’elle meurt pour ressusciter ensuite purifiée, spiritualisée, et la fin du message identifiant précisément le futur adepte à la matière, insiste bien sur cette purification sans laquelle, rien ne sera obtenu.

Christian Rose-Croix s’inquiète de la teneur de la lettre :

« Voici que tout dépendait de l’élection divine. Je n’étais nullement certain d’être parmi les élus. Bien plus, je ne trouvais en moi qu’ignorance des mystères, incapable de comprendre ce que foulaient mes pieds sur le sol et ce qui formait l’objet de mes préoccupations journalières. Je ne devais pas être destiné à approfondir et à connaître les secrets de la nature. A mon avis, cette dernière aurait pu trouver un disciple plus méritant à qui elle eut pu confier son trésor si précieux

Paroles lourdes de sens et qui renforcent encore la nature de celui qui est engagé sur le chemin de la connaissance.

« Aussi, après une dernière et fervente prière, dans l’espoir que mon ange voudrait m’apparaître avec la permission divine, je m’abandonnais au sommeil.

A peine endormi je me retrouvais avec une multitude d’autres hommes, enfermé au fond d’une tour sans lumière, attaché à de lourdes chaînes.

Après avoir subi ces peines pendant assez longtemps, le toit de la tour fut soulevé, et un peu de lumière pénétra jusqu’à nous. Après quoi l’orifice de la tour fut refermé. C’est alors que se produisit une effervescence nous précipitant les uns sur les autres.

Sept minutes s’écoulèrent et nous cherchions tous à remonter. Ma joie fut telle pendant la montée que je ne sentis pas les blessures provoquées par des pierres, je m’en aperçus qu’au moment où je dus aider les autres à monter car, par l’effort demandé, mon  sang  se répandit sur tous mes vêtements.. Je constatais qu’une partie des prisonniers était restée au fond de la tour. Après quoi, je fus débarrassé de mes chaînes.

Une voix me dit : Mon fils ne t’attarde pas pour ces blessures, mais remercie Dieu qui t’a laissé parvenir à cette lumière élevée, tandis que tu séjournes encore en ce monde dans ton imperfection

Après quoi, CR+C se réveilla et se prépara au voyage :

Il se vêtit d’une robe de lin BLANC et ceignit un ruban couleur de SANG.

Avant de quitter sa caverne, il emporta du SEL et de l’EAU précisant : «J’en usais par la suite dans certains cas, à plusieurs reprises, en suivant le conseil d’un sage

*             

Les éléments de ce rêve nous révèlent là encore, avec une extrême précision, la Préparation, après que la Matière Première broyée et déposée dans la cornue ne subisse par l’orifice supérieur, l’aspersion du Feu Secret (la lumière) qui va provoquer l’effervescence au sein de la minière, en réveillant la chaleur des feux contenus en puissance dans chacun des trois constituants, le tout brassé par le cinquième feu. C’est alors que le sel et le mercure pourront se sublimer et retomber dans le ballon de réception, le soufre se retrouvant seul au fond de la cornue (une partie des prisonniers était restée au fond de la tour).

Plusieurs précisions confirment la réalité de la séparation des éléments :

« Par l’effort demandé, mon sang se répandit sur tous mes vêtements. »              

«Après quoi, je fus débarrassé de mes chaînes

Autrement dit, les constituants de la Matière Première sont débarrassés de la gangue qui les enfermait. Le sang (la quintessence) remonte à la surface. Les terrestréités demeurent au fond du vaisseau.

«Remercie Dieu qui t’a laissé parvenir à cette lumière élevée, tandis que tu séjournes encore en ce monde dans ton imperfection. »

La minière sommairement épurée, devra subir d’autres purifications, en particulier dans la prochaine phase la plus importante, Solve.

La robe de lin blanc et le ruban rouge-sang sont suffisamment symboliques, ne serait-ce que comme représentation de la Pierre au blanc, deuxième couleur importante du Grand Œuvre et de la Quintessence,  (le Rouge), troisième couleur principale, et nous dispensent d’en discourir davantage.

Dernier détail : Avant de quitter sa caverne, CR+C emporte avec lui du SEL et de l’EAU !...Précisant qu’il en usait par la suite plusieurs fois, sur le conseil d’un sage…Nous verrons que cette allusion sera répétée à plusieurs reprises.

Autre indication extrêmement précieuse : Le temps de la réaction est indiqué !...

Le 1er jour est terminé et nous avons appris pas mal de choses, mais nous pourrions le résumer comme correspondant principalement à la première purification de l’Œuvre ou Préparation.

Le 2ème jour commence et CR+C qui pénètre dans une forêt voit les animaux et la nature se réjouir de toute part, comme s’ils se préparaient pour les noces, pensera-t-il. Lui-même se met à chanter et, alors qu’il sort de la foret, en s’approchant des montagnes, il parvient dans une belle clairière où s’élancent trois beaux cèdres.

L’un d’eux porte un écriteau :

**        

«Etranger, salut ! Peut-être as-tu entendu parler des Noces du Roi? Dans ce cas, pèse exactement ces paroles : Par nous, le fiancé t’offre le choix de quatre routes, par lesquelles tu pourras parvenir au Palais du Roi, à condition de ne pas t’écarter de la voie. La première est courte mais dangereuse, elle passe par divers écueils que tu ne pourras éviter qu’à grand peine ; l’autre plus longue, les contourne, elle est plane et facile si à l’aide de l’AIMANT tu ne te laisses détourner ni à droite, ni à gauche. La troisième est en vérité la voie royale. Mais à peine un sur mille peut arriver au but par celle-là. Par la quatrième, aucun homme ne peut parvenir au Palais du Roi, elle est rendue impraticable car elle consume et ne peut convenir qu’aux corps incorruptibles. Choisis donc parmi ces trois voies celle que tu veux, et suis là avec constance. Sache aussi que, quelle que soit celle que tu as choisie, en vertu d’un Destin immuable, tu ne peux abandonner ta résolution et revenir en arrière, sans le plus grand danger pour ta vie. »

*             

Pour attirer notre attention, un écriteau est fixé sur un cèdre, symbole d’immortalité. Le Christ lui-même est parfois représenté au coeur d’un cèdre.

Nous retrouvons magnifiquement décrites, les trois voies de l’Alchimie :

  1. La voie sèche, la moins connue est plus rapide de quatre ‘‘mois philosophiques’’, (dans la voie du cinabre), car la phase Solve se verra raccourcie par l’utilisation du sel sous sa forme solide. Si la voie sèche est la plus rapide, elle est aussi la plus nocive et la plus dangereuse, l’Agent Primordial et la chaleur dégagée plus importants, peuvent provoquer plus facilement l’éclatement du vaisseau.
  2. La voie humide ou voie longue est, chacun le sait, celle qui est la plus décrite car aussi la plus sure et présentant moins d‘embûches. Elle est aussi la moins dangereuse. Nous savons que sa durée totale théorique (toujours dans la voie du cinabre) est de 28 mois philosophiques (MP) : 2 MP pour la Préparation, 8 MP pour Solve, 16 MP pour Coagula et 2 MP pour les Multiplications.
  3. La troisième, ou Voie Sacerdotale ne peut-être entreprise que par un missionné. Le peu que nous en savons est qu’elle est très rapide, 1 MP et que les différentes phases se dérouleraient dans l’ordre chronologique, s’enchaînant sans manipulations de l’opérateur, excepté pour couper la tête du Corbeau (le Noir : Première couleur importante de l’œuvre).

Roger CARO est certainement ici bas, un des très rares missionnés a l’avoir réalisée (devant plusieurs témoins).

Après maintes hésitations, CR+C choisit la voie longue en craignant cependant de s’égarer. Un conseil précieux lui a été prodigué, cette voie devant l’amener plus facilement vers le but du voyage, à condition d’utiliser en permanence l’AIMANT (le Sel sous sa forme liquide), et de ne pas s’en écarter.

Comme il hésitait encore, une colombe aussi blanche que la neige s’approcha de lui, mais un corbeau s’abattit sur elle.

N’oublions pas cependant l’allusion à une quatrième voie ou celle du ‘‘corps de gloire’’ telle que citée dans les Ecritures, où certains grands prophètes (Elie, Noé, Enoch, Ezéchiel) s’élevèrent en plein jour et disparurent (comme le fit le Christ) ‘‘dans leur gloire’’, c’est-à-dire au sein d’une nuée !...

* *                              

"Je poursuivis étourdiment le corbeau et parcourus ainsi, sans y prendre garde, la longueur d’un champ dans cette direction. Je chassais le corbeau et délivrais la colombe .

A ce moment seulement, je me rendis compte que j’avais agi sans réflexion, J’étais entré dans une voie qu’il m’était interdit d’abandonner. J’essayais de revenir en arrière, mais un vent violent m’en empêchait. Par contre, en continuant mon chemin, je ne sentais plus la tourmente. "                                                                                                                      

*                             

Nous pourrions donner plusieurs sens à ce symbolisme de la blanche colombe et du noir corbeau. CR+C a choisi, nous le savons, la voie longue, et il se rend compte qu’il s’est engagé dans un chemin sans pouvoir revenir en arrière, c’est-à-dire, en utilisant le même mode opératoire jusqu’au bout.

  1. Le corbeau – malgré les différents augures dont on l’a affublé –peut-être aussi un messager, c’était le cas dans la Chine antique où, malgré sa couleur, il était considéré comme oiseau solaire apportant la Lumière du Monde, et en Grèce, la mythologie le considérait également comme un messager des dieux. Les légendes celtiques lui attribuaient également un rôle prophétique.
  2. La colombe matérialisant le Saint Esprit dans la configuration de la Trinité est aussi le symbole de la pureté. La grâce de l’Esprit Saint manifesté par les ailes de la colombe indique donc une participation à la nature divine. Dans le Cantique des Cantiques, Origène y voit la pureté du regard : « Les yeux de l’homme illuminé sont comparables aux yeux de la colombe. »

Ne perdons cependant pas de vue, qu’en Grèce, elle déterminait les présages favorables et prophétisait dans la forêt de Dodone, sur la branche d’un CHENE !... Et CR+C dont nous savons qu’il a choisi la voie humide précise : «Je chassais le corbeau et délivrais la colombe. »

J’ajouterai qu’il a su délivrer de sa gangue de cendres noires (de chêne), le Sel Philosophique blanc.

Mercure, dieu du vent est là pour l’obliger à continuer sa route : Mercure, mais aussi Hermès...

Après avoir croisé plusieurs fausses routes, CR÷C les évitera, tout en s’en remettant à Dieu. L’aide de Dieu (ou le passage à l’oratoire) est indispensable…

*      

"Enfin, je vis au loin un portail splendide sur une haute montagne, fouillé de sculptures et d’emblèmes merveilleux dont plusieurs avaient une signification particulière. J’attribuais cette découverte à Dieu seul qui aurait bien pu me laisser continuer mon chemin sans m’ouvrir les yeux, car j’aurais pu dépasser facilement le portail sans le voir.

Je m’en approchais avec la plus grande hâte, car les dernières lueurs du crépuscule me permirent encore d’en distinguer l’ensemble. C’était un portail royal admirable. Tout en haut, le fronton portait ces mots “PROCUL  HINC,  PROCULITE, PROPHANI”."

Après avoir confirmé au gardien qui le lui demandait, qu’il était bien ‘Frère de la Rose-Croix”, il fut autorisé à franchir le portail en échange de sa fiole d’eau.                                                                                             

On lui remit pour le deuxième gardien, une lettre et un insigne qui portait la mention : “Constance par la SAINTETE, espoir par la CHARITE”.

CR+C parvient à la deuxième porte presque semblable à la première ; elle n’en différait que par les sculptures et symboles. Sur le fronton, on lisait : DATE ET DUBITUR VOBIS (Donnez et vous recevrez).

*    

Malgré les embûches et avec l’aide de Dieu, CR+C parvient à franchir de justesse, (le crépuscule faillit lui en cacher la vue), le premier portail du temple dont l’entrée est réservée aux seuls élus :

« Loin d’ici, profanes ! »

Après avoir vérifié qu’il était bien un élu, (Frère de la Rose-Croix), il apprend qu’il doit maintenant posséder deux nouvelles qualités : CHASTETE, CHARITE ; les deux premières étaient, rappelons-le, la SIMPLICITE et I’OBEISSANCE.

Comme il est troublant de constater que les premiers Frères Aînés devaient respecter trois préceptes SIMPLICITE, OBEISSANCE, CHARITE et, fait encore plus troublant, la quatrième qualité la chasteté, était exigée de ceux qui fondèrent l’Ordre, à savoir les TEMPLIERS...

Le passage du deuxième portail met l’accent sur la vertu cardinale, la CHARITE. La charité, c’est aussi et avant tout, l’amour ; l’amour pour son prochain, l’amour qui est la plus grande force que l’homme peut connaître ici bas, comme le Christ nous l’a enseigné.

**               

« Un LION   féroce enchaîné, rugit et réveilla le second gardien qui prit la lettre que je lui tendis et me remit contre mon sel (la seule chose que je possédais encore), un insigne qui portait l’inscription SEL MINERAL.

Je retrouvais mes compagnons de la tour et on nous rassembla dans une grande pièce.

Une vierge vêtue d’une robe de velours rouge et ceinte d’un ruban blanc portait sur son front une couronne verte faite de lauriers.

Deux pages nous remirent de la part du fiancé, une TOISON D’OR portant l’image du LION VOLANT. Nous la reçûmes avec le plus grand respect.

Après quoi, on nous rattacha tous ensemble, les uns aux autres, mais avec des liens légers.»                                                                                      

*                             

Il est intéressant de noter comment les différentes traditions se rejoignent dans la représentation aussi complexe de ce symbole.

Le lion, signe de puissance, de souveraineté, représentation du soleil et de l’or, concrétise encore, la force pénétrante de la lumière et du verbe. C’est un symbole de puissance mais également de justice :

Le trône de Salomon était orné de deux lions comme l’était celui des rois de France. Il est également celui du Christ-juge.

Dans la même perspective, il est aussi l’emblème de l’évangéliste Saint Marc ou du lion de Judas dont il est question dans l’Ecriture (Genèse 49,8). C’est lui dit l’Apocalypse (5,5) qui a vaincu pour ouvrir le livre et ses 7 sceaux.

Le lion d’Extrême Orient a de profondes affinités avec le DRAGON auquel il lui arrive de s’identifier.

En Egypte, le lion est également un animal solaire.

Dans l’iconographie indoue, le lion (shardula) est aussi un animal solaire et une manifestation du verbe. Elle traduit l’aspect redoutable de la Maya, la puissance de la manifestation.

Dans certaines cultures, il symbolise non seulement le retour du soleil et le rajeunissement des énergies cosmiques et biologiques, mais les renaissances elles-mêmes. On a retrouvé des tombeaux chrétiens ornés de lions, symbole de résurrection.

 Dans l’Apocalypse, le premier des quatre «êtres vivants remplis d’yeux devant et derrière» qui entoure le trône, est dépeint sous l’aspect d’un lion, ainsi qu’Ezéchiel (1,4.15) ou le char de Yahwé apparaît avec quatre animaux «semblables à des charbons de feu ardent » qui ont chacun quatre faces, dont une de lion.

 En Alchimie, ce symbole est parfois fort complexe, car il n’y a pas seulement une seule interprétation. En effet, les sages lui ont parfois donné plusieurs sens, selon les matières qu’ils travaillaient, en désignant dans ce cas, une qualité prépondérante, fixité, forme, couleur etc...

  Le lion est généralement le signe de l’or. Cependant, certains textes accordent le même qualificatif à la matière réceptrice de l’Esprit Universel du FEU SECRET dans son élaboration. On retrouve ainsi la même interprétation de puissance, d’incorruptibilité et de perfection, tel que l’a précisé Fulcanelli :  "Le premier agent magnétique servant à préparer le dissolvant – que certains ont nommé alkaest – est appelé lion vert, non pas tant qu’il possède une coloration verte, que parce qu’il n’a point acquis les  caractères minéraux qui distinguent chimiquement l’état adulte de l’état naissant. C’est un fruit vert qui contient le germe latent d'une énergie réelle, appelée plus tard à se développer."

Arnaud de Villeneuve disait encore :

"Notre eau prend les noms des feuilles de tous les arbres, des arbres eux-mêmes, et de tout ce qui présente une couleur verte, afin de tromper les insensés."

Avec le lion nous retrouvons donc l’élément du feu. C’est le cinquième signe du zodiaque, occupant le milieu de l’été, caractérisé par I’épanouissement de la nature sous l’effet de la chaleur du soleil. Le soleil est d’ailleurs le seul maître planétaire du signe. Seul un autre signe, le Cancer n’a qu’un maître planétaire, la lune. Ce signe d’eau est aussi considéré comme l’Eau des Sages qui se trouve dans tout ce qui existe.

L’eau du Cancer, réceptacle de la nature est aussi animée par la chaleur, celle qui va permettre aux germes déposés dans le milieu embryonnaire de se développer.

N’oublions pas que ce sont les deux feux, interne et externe qui régissent Solve.

Mais, du Bélier au Lion, s’élabore la métamorphose du principe qui, de puissance animale brute au même titre que l’éclair ou l’étincelle, se fait puissance maîtrisée et DISPONIBLE, telle la flamme irradiante dans la chaleur et la lumière, comme le SOUFRE dont il est avant tout le symbole alchimique.

Le lion féroce rugissant mais enchaîné : Force disponible, mais maîtrisée. Si ce vocable s’accorde avant tout avec le soufre, il concerne dans le cas présent le Feu Secret.

CR+C échange son sel, seule chose dont il dispose encore : Rien, d’étranger à la Minière ne devra être ajouté.

Le sel est échangé contre un insigne portant l’inscription Sel Minéral. Ce qualificatif nous désigne l’origine du sel, qu’il s’agisse du Sel Philosophique ou de celui des philosophes. Dans le premier cas, il est préparé ; dans l’autre il est intimement et infinitésimalement mêlé à la minière. Cette répétition, marque l’importance qu’il va revêtir dans la phase qui se prépare.

Les différents compagnons sont rassemblés – après qu’ils aient subi, rappelons le, la première Purification par la Séparation – dans une grande salle (ce n’est plus la tour), où ils sont tous rattachés les uns aux autres par un lien léger: Cette première épuration qu’ils ont déjà subi, en a détaché la gangue minérale et dont le lien qui enserrait principalement le mercure, mais aussi le soufre qui en a été séparé. C’est ce qui permet à l’auteur de préciser la légèreté du lien…

Les Matières Premières sont de nouveau rassemblées dans un ballon dont elles ne devront occuper que le 1/3 du volume (Une grande salle...) !

Détail charitable concernant le volume à respecter, sous peine d’augmenter les risques d’éclatement du contenant…                                   

La remise de la Toison d’Or qui est dans le langage des adeptes, la matière préparée pour l’Œuvre  (ou son résultat final), car ce sont, nous le savons, les mêmes matières ne se différentiant qu’en pureté, fixité et maturité.

Elle est de plus ornée d’un lion volant, allusion à la fois, à la force qui va se déchaîner et aux sublimations qui vont en résulter.

La vierge est vêtue de vêtements dont les couleurs prépondérantes sont par ordre d’importance, le ROUGE, le VERT et le BLANC. Nous verrons plus loin, que la couleur capitale de SOLVE (et première couleur importante de l’Œuvre), le NOIR n’est pas oubliée, mais occupe simplement sa place chronologique.

La deuxième Purification ou première Conjonction se prépare : SOLVE. Certainement la plus importante de tout le processus alchimique dont il dépendra entièrement.

**      

«Nous descendîmes dans un jardin merveilleux où coulait une FONTAINE. Une belle  LICORNE   blanche comme la neige portant un collier en or s’approcha de la fontaine et s’agenouilla comme si elle voulait honorer le lion qui se tenait debout sur la fontaine. Ce lion qui, en raison de son immobilité complète m’avait semblé en pierre ou en airain, saisit aussitôt une EPEE qu’il tenait sous ses griffes et la jeta dans la fontaine. Puis, il cessa de rugir jusqu’à-ce qu’une COLOMBE blanche tenant un rameau d’olivier dans son bec, vola vers lui à tire d’ailes ; elle donna ce rameau au lion qui l’avala, ce qui le rendit de nouveau calme. Alors, en quelques bonds joyeux, la licorne revint à sa place.

La vierge nous ordonna de nous verser de l’eau de la  fontaine sur les mains et sur la tête, et de rentrer dans nos rangs après cette ablution, jusqu’à-ce que le roi se soit retiré dans ses appartements.

Après quoi je constatais qu’au lieu de son épée, le lion tenait une grande dalle gravée, très ancienne :

Après tant de dommages

Causés au genre humain,

Moi, le prince Hermès

Par la volonté de Dieu

Et le secours de l’art,

Devenu remède salutaire,

Je coule ici.

Boive qui peut de nos eaux,

S‘en lave qui veut,

La trouble qui l’ose.

Buvez frères, et vivez.

Après nous être lavés à cette fontaine, nous bûmes dans une coupe en or. Puis nous retournâmes dans la salle avec la vierge pour y revêtir des habits neufs. Ces habits avaient des parements dorés brodés de fleurs.

Nous reçûmes une deuxième Toison d’Or toute garnie de brillants. Une lourde médaille y était fixée ; sur l’avers on voyait le soleil et la lune face à face. Le revers portait ces mots : Le rayonnement de la LUNE égalera le rayonnement du  SOLEIL  , et le rayonnement du soleil deviendra sept fois plus éclatant, comme la lumière de sept jours (Esaie 30,26). »

*                         

Comme nous l’avons fait pour la symbolique du lion, nous allons également effectuer une digression à travers celle de la fontaine qui a inspiré tant d’auteurs :

L’allégorie de la fontaine d’eau vive est déjà exprimée par la source jaillissant au milieu du jardin, au pied de l’arbre de vie, au centre du paradis terrestre.

Selon les terminologies, elle est fontaine de vie, d’immortalité ou de jouvence ; dans ce cas, la tradition l’a toujours fait naître au pied d’un arbre.

Plusieurs adeptes ont utilisé une représentation similaire du Feu Secret, que ce soit Philalèthe, Basile Valentin, le Trèvisan, Flamel dans sa troisième figure d’Abraham le Juif, ou Trismosin dans sa Toyson d’Or, où l’on peut voir un chêne creux dont le pied ceint d’une couronne d’or donne naissance à une fontaine occulte.

Dans ses branches, des oiseaux blancs s’ébattent, à l’exception d’un corbeau (beau corps…) – N’oublions pas au passage, la Cabale phonétique dont le principe est tombé dans l’oubli le plus total –  qui semble endormi.

Les oiseaux attestent de la vertu dissolvante et de l’essence volatile de la fontaine.

D’autres auteurs alchimiques y ont également vu la représentation du Feu Secret tels que Fulcanelli, Canseliet, Jacques Coeur dans certains hiéroglyphes de son palais de Bourges.

Canseliet ajoute : «Le samedi Saint, le prêtre accomplit symboliquement cette opération magistrale, lorsque revêtu de l’amiet, de l’aube, de la ceinture, de l’étole et de la chape violette, il plonge le cierge dans l’eau et dit : Que descende dans ce contenu de la fontaine, la vertu du Saint Esprit ».

Le même jour de la Vigile de Pâques, le prêtre a d’abord béni le Feu Nouveau, dont l’origine est clairement exprimée dans la prière à laquelle il nous invite :

«Dieu, qui, par ton fils la pierre angulaire a rassemblé le feu de ta clarté pour les fidèles, sanctifie ce feu nouveau tiré de la pierre, pour qu’il soit utile à nos besoins ».

Mystère des deux baptêmes cités dans les Evangiles, par l’eau et par le feu, l’un sanctifiant le corps, l’autre l’esprit...

Dans son Entretien d’Eudoxe et de Pyrophile, Limojon de Saint Didier fait allusion à l’origine céleste de la fontaine d’eau vive :

«La femme qui est propre à la pierre et qui doit lui être unie, est cette fontaine d’eau vive dont la source, toute céleste, qui a particulièrement son centre dans le soleil et dans la lune, produit ce clair et précieux Ruisseau des Sages qui coule dans la Mer des Philosophes qui environne tout. »

Certains maîtres de l’Art affirment encore qu’il faut commencer par frapper la pierre (minière) avec l’épée magique (Feu Secret) afin de permettre l’écoulement de cette eau précieuse qu’elle renferme en son sein.

Pour d’autres, la fontaine d’eau vive où couleur d’argent, est le nom qu’ils donnent ne l’oublions pas, au mercure ou vif argent.

Signe de pureté, la licorne est par excellence, l’animal de bon augure.

Symbole de la pluie fertilisante, elle est avant tout, celui de la fécondation spirituelle : Epée de Dieu, flèche divine, pénétration du divin dans la créature ; image traditionnelle de la Vierge fécondée par l’Esprit Saint que l’on retrouve dans le mythe de la “Dame à la Licorne”.

Donc, le lion est debout et immobile sur la fontaine : Feu, puissance maîtrisée.

Il tient entre ses griffes une épée : Feu Secret prêt agir.

La licorne agenouillée devant lui : Attente de la fécondation céleste qui va se produire.

La colombe blanche qui va calmer les rugissements du lion : sublimation succédant à l’effervescence.

La licorne qui en quelques bonds joyeux revient à sa place : la fécondation “spirituelle” a eu lieu. Confirmation est donnée par la vierge qui ordonne «… de nous verser de l’eau de la fontaine sur les mains et sur la tète, et de rentrer dans nos rangs après cette ablution, jusqu’à-ce que le roi se soit retiré dans ses appartements. »

LA DEUXIEME PURIFICATION OU PREMIERE CONJONCTION, CELLE DE SOLVE VIENT D’AVOIR LIEU :

Les nouveaux habits neufs signifient que les constituants de la minière ont subi une modification épurative.

La 2me Toison d’Or garnie de brillants confirme bien que les Matières Premières sont entrées dans un stade plus avancé de purification.

Les brillants sont certainement les granules translucides qui sont retombés après la Mondification dans le compôt, autrement dit dans son sein.

Le rayonnement multiplié de la lune (mercure) et du soleil (soufre) atteste que le mercure et le soufre des philosophes qui étaient déjà devenus Mercure et Soufre Philosophiques après la première purification ou Préparation ont acquis maintenant un degré de pureté et de fixité décuplé.

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«Puis un rideau se souleva et j’aperçus le Roi et la Reine. Leur beauté était telle que mes yeux ne pouvaient supporter leur éclat.

Puis, leurs vêtements furent échangés contre des robes entièrement noires ; puis la salle entière fut tendue de velours  noir  , le sol fut couvert de velours  noir   .

Nous nous revêtîmes de robes noires.

Enfin un géant  noir   comme le charbon entra dans la salle ; il tenait dans sa main une hache tranchante.

Puis le vieux roi fut conduit le premier au billot et sa tête fut tranchée. Mais, son sang fut précieusement recueilli dan un grand bol en or.

La reine subit le même sort, et il en fut ainsi des six membres de la famille royale. »

*   

Est-il besoin de commenter ce passage crucial de Solve, si ce n’est pour confirmer qu’aucun texte alchimique déjà très rares concernant la voie du cinabre, n’a donné autant de détails et de précision, précisément sur un des points le plus important de l’Œuvre?

L ‘accent est donc mis sur la noirceur qui doit être totale.

La tête du corbeau est coupée.

Le sang est recueilli précieusement dans un bocal qui sera fermé : Lorsque la Quintessence décantera, la partie supérieure du récipient matérialisera avec le meilleur effet, le ménisque doré qui par ailleurs aura déposé une pellicule huileuse sur les parois du ballon ; au fond du bocal, quelques boues se déposeront…

Le chiffre 6 ne peut exprimer ici que le moment où l’opération du prélèvement de l’Huile de Saturne ou l’action de Couper le Corbeau doit s’effectuer, soit le 6me MF (Mois Philosophique). Autre précision extrêmement importante, par ailleurs jamais citée !...

A ma connaissance, aucun texte alchimique en dehors de ceux de Roqer CARO et des FAR+C ne donne ces précisions en ce qui concerne cette phase de Solve si peu décrite de la voie du cinabre.

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«Les corps furent transportés dans un jardin et placés dans un mausolée de bois dont le pourtour était garni de couronnes de lauriers et le dôme était supporté par 7 colonnes. Au sommet flottait un étendard décoré de l’image du PHENIX.

Les funérailles terminées, la vierge nous engagea à tenir notre promesse, à ne pas épargner nos peines et à prêter aide aux personnes royales, afin qu’elles puissent retrouver la vie. A cet effet, nous allèrent dans la tour de l’Olympe pour y chercher le remède approprié, en attendant que les corps y soient transportés.

Autour de la tour, s’étendait une belle prairie. Les corps furent transportés dans la tour.

Cette dernière ne comportait qu’un laboratoire où coulait une fontaine. »

*    

Les corps sont donc transportés dans un mausolée de bois (provisoire, en attente), autour duquel domine la couleur verte. Le symbole du PHENIX nous confirme qu’ils vont renaître. Ils sont à l’air libre.

La tour dans laquelle ils vont être lavés (il y a une fontaine) est entourée d’une belle prairie.

Comment décrire plus clairement les 2 MP (le 7ème et le 8ème) de la fin de Solve qui sont la phase de la VEGETATION, le VERT ou couleur transitoire ? De plus, le nombre d’imbibitions de SEL philosophique liquide que vont subir les granules enrobés de boue verte (ou bains de Naaman le lépreux) est indiqué par le chiffre 7, après lesquelles la PIERRE atteindra le BLANC.

Jamais, de telles précisions ont été autrement indiquées !...

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«Des vierges tout de blanc vêtues lavèrent longuement, avec beaucoup de soin, les corps royaux qui furent réunis ensemble durant cette opération pour être soumis longuement aux lavements de la fontaine.

Puis, ils furent enfermés dans une sphère brillante sur laquelle on dirigea les rayons du soleil afin de sécher les corps.

Après l’avoir ouverte, nous constations qu’elle contenait un bel oeuf blanc comme la neige. »

*    

ALBIFICATION ou COAGULA 1 :

L’accent est mis sur les lavements longs et délicats. Nous savons en effet qu’il y aura 7 bains dont 2, le premier et le dernier de nature assez particulière. (voir les enroulements sur l’épée de Nicolas Flamel)…

Délicats, car le(s) Granule(s) devront être retournés avec beaucoup de soins, sans les casser.

Après les imbibitions, ils doivent être de nouveau enfermés dans un récipient de verre et maintenus à une légère température.

Si les opérations ont été bien menées, on obtient la Pierre au blanc.

Là encore, ce passage est assez étonnant de précision.

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«Puis, le futur oiseau dut être alimenté avec un liquide rouge qui n’était autre chose que le sang des  décapités .

Il ne fut pas nécessaire de percer la coque, car l’oiseau se délivra tout seul. »

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Peut on mieux résumer en si peu de mots, les phases II, III et IV de Coagula?

L’alimentation lactée est remplacée par l’alimentation carnée, après I’obtention de la Pierre au blanc, avec la quintessence.

Ne pas casser la Pierre et encore moins, ne pas la réduire en poudre, comme certains l’ont fait, détruisant ainsi tout leur labeur.

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«Mais l’oiseau était encore saignant, difforme et portait quelques traces noires.

Il fallut l’enfermer de nouveau. On lui donna comme aliment du lait, pendant que l’on chauffait doucement.

L’oiseau perdit ses plumes et teignit le bain en noir.

Lorsque de nouveau la sphère fut ouverte, le col de l’oiseau fut coupé, mais il n’en sortit pas une goutte de sang. Par contre, le sang était contenu dans son coeur qui ressemblait à une fontaine de rubis.

Chaque goutte de sang de l’oiseau pouvait communiquer la vie, comme I’âme qui pénètre dans le corps ».

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La Pierre terminée fin Coagula ou Faux Prophète de Saint Jean, encore empreinte de terrestréités et impropre dans cet état à communiquer la vie, doit repasser par la phase du départ dans un deuxième Solve, en utilisant de nouveau le Sel Philosophique sous sa forme liquide.

Il est de plus indiqué, que l’action de couper le corbeau est cette fois inexistante, dans la mesure où il ne sera pas récupéré de quintessence et que le noir, existe déjà puisque la phase de Coagula consiste précisément à blanchir…

Plus tard, pour bien nous montrer que la MULTIPLICATION  est terminée et que la Pierre a subi une purification et a changé de couleur, il nous est précisé qu’elle n’est plus sanguinolante, et que son coeur a la couleur du rubis.

Après ce second tour de roue (l’Ourobouros qui se mord la queue), la première Multiplication est censée permettre d’obtenir dans le texte, la Pierre Philosophale. Mais, il sera nécessaire d’effectuer d’autres multiplications.

Point assez stupéfiant :

A chaque nouveau Solve, la rapidité d’exécution augmente, suivant une vitesse exponentielle…

Le dernier paragraphe concernant la puissance transmutatoire est si joliment décrit, qu’il se suffit à lui même.

Cependant Roger Caro a passé sous silence dans tous ses écrits une particularité liée à la transmutation métallique. Je ne peux faire plus que d’en prévenir le lecteur…

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« Certains de mes compagnons se contentèrent de faire de l’or. Certes, il est aussi une partie de l’Art, mais non la plus noble, la plus nécessaire et la meilleure.

Nous reçûmes alors nos Toisons d’Or et nous fûmes vêtus d’habits entièrement jaunes, car nous apprenions que nous étions Chevaliers de la Pierre d’Or.

Puis, on nous remit une médaille en or. Sur l’avers on voyait ces mots :

ARS NATURAE MINISTRA

Sur le revers :

TEMPORIS NATURA FlLIA.

Avant de partir, il me fut demandé comment j’avais dégagé le roi’? Je répondis : Avec du SEL et de l’EAU.

Ensuite, nous dûmes prêter serment sur les articles suivants :

Ne jamais assujettir notre Ordre, mais le placer constamment sous la garde de Dieu et de sa servante, la Nature.

Demeurer toujours pur.

Aider par nos dons, ceux qui en sont dignes et en ont besoin.

Ne pas rechercher le luxe et la considération mondaine. Ensuite, nous fûmes reçus avec toute la solennité d’usage.

On nous accorda le pouvoir d’agir sur l’ignorance, la pauvreté et la maladie.

Ces privilèges nous furent confirmés ensuite, dans une petite chapelle.

Nous y rendirent grâce à Dieu, et j’y suspendis ma Toison d’Or pour la gloire de Dieu que j ‘y laissai en commémoration éternelle

*    

Que de merveilles énoncées dans ce dernier chapitre du 7ème jour des Noces Chymiques.

Pourquoi encore le chiffre 7 ?  

Pour rappeler à Christian Rosenkreutz qu’il a réalisé dans un simple ballon, le Grand Œuvre divin au niveau microcosmique et… qu’il peut se reposer !...

Mais il lui est rappelé que la transmutation métallique n’est pas la partie la plus noble de l’Art, ni la plus nécessaire...

La dernière médaille remise à CR+C résume un magnifique Précepte de l’Alchimie :

L’ART EST LE MINISTRE DE LA NATURE.

LA NATURE EST FILLE DU TEMPS.

Une dernière précision, combien charitable et plusieurs fois signalée, nous est confirmée :

Toute l’Oeuvre est gouvernée avec du SEL et de l’EAU.

En ce qui concerne le serment sur les promesses faites, aux privilèges du nouvel Adepte, de pouvoir d’agir sur l’ignorance, la pauvreté et la maladie…

Quand à la confirmation de ces privilèges donnée dans une petite chapelle, et les actions de grâce à Dieu...

Tout cela a dû être ressenti au plus profond de votre âme, Frères actuels de l’Ordre, dans la petite chapelle que nous connaissons bien...


Lorsque Christian Rosenkreutz signa le livre déposé dans la chapelle,il inscrivit ces mots :

LA SCIENCE SUPREME EST DE NE RIEN SAVOIR.

Curieux scrutateur de la nature entière

J’ai connu du grand tout le principe et la fin.

J’ai vu l’or en puissance au fond de sa minière,

J’ai saisi la matière et surpris son levain.

J’expliquai par quel art l’âme aux flancs d’une mère

Fait sa maison, l’emporte, et comment un pépin

Mis comme un grain de blé, sous l’humide poussière,

L’un plante et l’autre cep, sont le pain et le vin.

Rien n’était. Dieu voulut, rien devint quelque chose.

J’en doutais, je cherchais sur quoi l’univers pose.

Rien gardait l’équilibre et servait de soutient.

Enfin, avec le poids de l’éloge et du blâme,

Je pesai l’Eternel, il appela mon âme.

Je mourus, j’adorai, JE NE SAVAIS PLUS RIEN.

Comte de Saint Germain