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Salomon alchimiste
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Salomon alchimiste


salomonLa manœuvre visant à légitimer une science en lui attribuant des textes de la plume d’auteurs réputés remonte à loin. C’est un artifice assez courant, et, de fait, la littérature alchimique n’y a pas échappé : un recensement de ses écrits pseudépigraphiques formerait peut-être même la belle part de son corpus.
Dès le XIIIe siècle, en achevant de l’intégrer aux sciences universitaires comme une discipline appartenant à la physique (au même titre que la médecine), on s’efforçât de doter l’alchimie de quartiers de noblesse. On s’appliqua notamment à la justifier en se réclamant de personnages bibliques. On ne cherchait pas alors qu’à lui donner une ascendance qui en imposerait ; on devine parfois aussi une volonté de la laver de certains soupçons (comme celui, par exemple, donnant pour origine à l’Art d’Hermès les enseignements techniques et métallurgiques prodigués par les anges déchus d’avant le Déluge1.)
Parmi ces intercesseurs invoqués dans les textes alchimiques, on tombe, ça et là, sur des références au roi Salomon. Symbole de la sagesse, comment ne pouvait-il pas jouir d’un grand prestige aux yeux des Philosophes ? On retrouve d’ailleurs dans une récente étude sur les alchimistes juifs un chapitre entier consacré à ces  personnages bibliques qui furent perçus comme des alchimistes, et où on y examine quelques exemples concernant spécifiquement Salomon. Après nous avoir rappelé que le sceau de Salomon est le même symbole dont se servaient les alchimistes pour designer la Pierre philosophale, et avoir traité de plusieurs extraits de textes associant Salomon à l’hermétisme dans les traditions grecque, juive et musulmane, on y relève quelques mentions venant de l’Europe chrétienne2.

Le court paragraphe vaut d’être cité :
Bonaventure de Périers, l’érudit  français du XVIe siècle, réfère en de nombreuses occasions au roi Salomon et à Marie la prophétesse comme des plus grands des alchimistes. En 1620, le célèbre alchimiste Michael Maier publia à Francfort un livre intitulé Septimana philosophica ou « La Semaine philosophique, où les Énigmes d’or de tout le système de la nature sont exposées et résolues, sous forme d’entretiens, par Salomon, le très sage roi des Israélites, la reine de Saba d’Arabie, et Hiram, prince de Tyr.» Quelques cinquante ans plus tard, Johann Joachin Becher (1635-1682), l’un des esprits les plus éclairés de son époque, affirma que le roi Salomon était en possession de la pierre philosophale. D’après un vieux poème anglais, préservé dans le Theatrum chemicum Britannicum d’Ashmole, «the Blessed Stone fro Heven wase sende downe to Solomon» (‘La  Pierre Bénie, provenant des Cieux, fut envoyée  à Salomon’.)

La littérature de l’alchimie offre d’autres échantillons de pareils liens, tissés entre l’Art royal et le personnage de Salomon (parfois vu comme un propitiateur). En poursuivant dans cette voie, nous voudrions ici relever, parmi la masse des textes imprimés, quelques extraits tirés d’ouvrages alchimiques faisant usage dans leur discours de références salomoniennes. Après quelques citations d’auteurs s’en étant servi comme d’une personnification du savoir, nous examinerons les arguments de ceux qui voulurent vraiment voir en Salomon un authentique adepte. Nous terminerons par quelques réactions que ces revendications provoquèrent.

Car Jonson pouvait ironiser : « Will you believe antiquity ? Records? / I’ll show you a book, where Moses, and his sister, / And Salomon have written, of the art ». Ou Bonaventure des Périers tenter d’expliquer l’obscurité du style des traités hermétiques en relatant que « Salomon leur avait laissé par escrit, la manière de faire la sainte Pierre laquelle il avait réduite en Art, & s’en tenait escolle comme de Grammaire : tellement que plusieurs arrivaient à l’intelligence » ; mais que les démons, assujettis aux vertus de cette Pierre que pouvait produire l’art alchimique, «trouvèrent façon, d’effacer, d’égratigner, de rompre, de falsifier tous les livres qu’ils pouvaient trouver de ladite Science : tellement qu’ils la rendirent si obscure & si difficile que les hommes ne sçavent ce qu’ils y cherchent 3 ». Nous verrons, en fin de compte, que Jonson et des Périers font ici figures d’exception. Les autres critiques ne traitèrent pas la question d’un cœur aussi léger.



 



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