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Une science pleine de vent : Jamais, au grand jamais, personne ne conviendra qu’il est absolument inapte à apprécier un art -Huysmans, Du dilettantisme. Certains, 1889.
Comme tout phénomène doit être analysé dans son contexte historique et philosophique, nous présenterons brièvement l’époque où l’ouvrage a vu le jour, ainsi que ses vices en matière de méthodologie. Puis nous esquisserons un rapide portrait de l’auteur avant de voir en détail quelques-unes de ses critiques de l’alchimie, ou dans ses propres mots, de cette « science pleine de vent ». Un homme de son temps S’il fallait en deux mots caractériser la littérature du XVIe siècle, c’est sans doute le terme de dilettantisme qui obtiendrait tout d’abord le suffrage des historiens. Que doit-on blâmer au juste pour l’amateurisme de la production littéraire de cette époque : le culte des textes classiques, l’emphase mit sur l’éloquence au profit de la rigueur, ou encore l’influence de l’humanisme? Car de manière générale, le XVIe siècle ne nous apparaît pas comme une période de grande spécialisation scientifique, mais plutôt comme le règne des spicilèges filandreux, des idées diffuses et de l’éclectisme de mauvais aloi. On dresse des chronologies à-partir du Déluge ou de la chute d’Adam, on puise dans les textes de l’antiquité sans faire la part des embellissements mythologiques, et on cite des passages altérés sans jamais penser à se référer aux sources originales. Une philologie pour le moins douteuse, des échafaudages de raisonnements spéculatifs et des jugements à l’emporte-pièce complètent le tableau. Au fond de la boîte, il ne reste que l’espérance d’avoir convaincu.
C’était cette réalité, sur laquelle les esprits méthodiques de l’époque avaient lieu de se lamenter, qui faisait dire au savant naturaliste Conrad Gesner que « tout le monde outrepasse de nos jours les limites de sa profession. Les maîtres d’école philosophent, les gens de lettres essaient de pratiquer la médecine, les chirurgiens font de l’astrologie et les astrologues de la chirurgie. A grand-peine peut-on trouver quelqu’un qui se maintient dans les bornes de sa formation afin d’en acquérir une maîtrise acceptable. Plusieurs gens qui n’ont jamais quitté leur lieu d’origine, ou qui ne l’ont certainement pas fait dans l’intention de botaniser, s’enhardissent néanmoins de faire imprimer des ouvrages soi-disant de référence sur les plantes.»2
Ensuite, l’esprit de controverse, lui, apparaît en un contraste marqué d’avec l’époque précédente, où la scolastique imposait aux partis en litige la forme de la ‘démonstration’, dans laquelle les objections devaient tout d’abord être réfutées. Mais c’est de l’histoire ancienne, tout cela. On fait désormais flèche de tout bois, n’argumentant que son point de vue partial, et recourant même s’il le faut la diffamation. Une telle approche était bien entendu peu féconde.
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